Point de Mire

Portrait Hiver 2017-2018
Paul Noel
Fondateur et Managing Partner
Trueplus Sàrl

Crédit photo: Loris von Siebenthal

Crédit photo: Loris von Siebenthal

« PhyGital » : un trait d’union entre le monde réel et le monde numérique

L’entreprise genevoise Trueplus Sàrl, fondée en 2016 par Paul Noel et son associé Alexandre Chatton, est active dans la recherche et le développement portant sur des procédés de marquage industriel sur divers matériaux. Le « PhyGital », contraction des mots « physique » et « digital », s’appuie, d’une part, sur les technologies de marquage visibles ou invisibles, d’autre part, sur les technologies de relecture électronique. Trueplus Sàrl utilise en particulier des moyens permettant l’identification et l’authentification via tous procédés industriels et informatiques.

Depuis l’aube des temps, l’or est de toute évidence la matière qui stimule le plus l’imagination des gens. En sus de son éclat et de sa beauté, le métal jaune s’est imposé naturellement non seulement comme un instrument d’échange, mais surtout comme le moyen de préservation de valeur le plus recherché. En raison même de ses atouts et de sa haute valeur, l’or, en particulier sous la forme de monnaies et de lingots, est aussi exposé au risque de la contrefaçon, comme le sont un bon nombre d’articles de luxe1.

C’est dans ce contexte, pour en savoir davantage sur les activités développées par Trueplus Sàrl pour contrer ce fléau qu’est devenu la contrefaçon, que nous avons rencontré à Genève, dans leur atelier, Paul Noel et Alexandre Chatton.
Entretien

Point de Mire : Quelles sont les motivations qui vous ont amené à mettre sur pied Trueplus Sàrl, une entreprise orientée vers des technologies de pointe spécialisées en particulier dans le marquage et la lutte anti-contrefaçon ?

Paul Noel : Un collectionneur de pièces de monnaie recherche des pièces uniques et a la phobie des faux. Il veut donc s’assurer de leur authenticité. Nous en avons pris conscience et avons mis au point des solutions pragmatiques pour répondre à ses préoccupations, en considérant qu’il est représentatif d’un client exigeant et méticuleux.

PdM : Comme souligné déjà, le monde de la contrefaçon se porte bien. Avec ses industries à haute valeur ajoutée, la Suisse est -particulièrement concernée par ce fléau. Dans le cadre de Trueplus Sàrl, comment abordez-vous ce problème ? Quelles solutions pouvez-vous y apporter ?

P.N. : Face à cette gangrène du XXIe siècle, et l’OCDE le confirme, nous avons voulu construire des solutions sur mesure permettant, d’une part, de créer une chaîne de confiance entre le producteur et le consommateur, d’autre part, lui offrir une expérience digitale. Nous sommes partis d’un cas concret : une pièce en or dans son écrin, accompagnée de son certificat d’authentification. L’objectif étant d’identifier et d’authentifier cette pièce, nous avons établi la liste des contraintes et, après des milliers d’essais dans notre atelier, sommes passés à la production régulière et précise pour compte du fabricant.

PdM : Quelles ont été, pour vous, les principales contraintes à prendre en compte ?

P.N. : Premièrement, il convient de définir les caractéristiques que doit avoir le produit. Ensuite, il importe de réfléchir à ce qu’il faudrait lui ajouter pour le rendre vraiment attractif. Enfin, nous devons considérer sa finalité. A quelle expérience doit-il pouvoir servir pour être convainquant ?

PdM : Pourquoi avez-vous retenu un marquage sur l’objet physique par laser et non pas un ajout via des procédés chimiques ou basé sur les nanotechnologies ?
Alexandre Chatton : Les techniques traditionnelles que vous évoquez sont, pour nous, à l’échelle du temps, des réponses éphémères et non durables par rapport à ce qu’un marquage physique permet. De plus, nous ne voulions aucun retrait ni adjonction de matière sur l’objet à authentifier.
PdM : Comment présentez-vous vos solutions à vos prospects et partenaires potentiels ?

A.C. : Nous nous efforçons de présenter simplement des processus complexes. Par exemple, en usant des technologies digitales dans un espace et un environnement familier de nos clients. En reliant simplement un objet physique à un avatar digital, en utilisant une extension technologique de l’être humain comme l’est par exemple aujourd’hui un smartphone (cf. graphique ci-dessus).
Une autre manière de convaincre nos prospects est de faire correspondre, dans une architecture fonctionnelle sécurisée une pièce et son certificat d’authenticité, et ce à la manière dont on pourrait faire correspondre une personne physique à son passeport biométrique.

PdM : Comment fonctionne votre approche « PhyGital », sans doute très complexe ? Pourriez-vous nous en expliquer le principe ?

A.C. : Dans le cadre de la pièce, nous avons mis en place un mécanisme de micro marquage laser. Le marquage est identifiant. Cependant nous cherchons également à rendre le marquage authentifiant. Ainsi, à l’issue du marquage et dans un processus industriel et informatique, nous sommes partis de photographies de très haute résolution sur lesquelles nous appliquons des algorithmes de type « Computer Vision ». Le but est de chercher tous les points caractéristiques et donc authentifiants du marquage laser ou de son support. Les moyens informatiques via une analyse très fine permettent alors via une approche déterministe de calculer un degré de certitude statistique concernant l’authenticité de l’objet analysé.

Une fois l’objet identifié et authentifié, l’application re-tourne un certificat d’authenticité. Le numérique prime donc sur le papier. Un certificat d’authenticité papier a fait foi pendant longtemps. Cependant depuis l’avènement de machines permettant la copie de qualité à bas coût, ce support devient obsolète dans ce domaine.

Dès lors le format électronique selon un standard tel que le PDF, grâce à son universalité, devient la référence. Son contenu peut être sécurisé, crypté, protégé mais aussi signé via des certificats de sécurité qui offrent plus de réponses et d’assurances d’authenticité que le support traditionnel papier.

PdM : Le passage du temps, la conservation de l’objet au fur et à mesure des années, et la disparition des personnes qui le possèdent, vont sans doute poser des contraintes à votre système. Que dire à ce sujet ?
P.N. : Il faut se poser la question prospective, ce qu’un chercheur pourrait faire dans des dizaines, voire des centaines d’années en découvrant la pièce. En effet la durée de vie de notre objet physique est bien plus longue que celle d’un passeport biométrique que nous devons renouveler tous les 5, 10 ou 15 ans.

Nous avons conçu des solutions simples, standard et durables. Tout doit être fait pour que le contenu soit restitué le plus complet possible et anticipant un algorithme mathématique une dégradation du marquage. De plus, les codes de marquages doivent suivre des règles et des spécifications standard pour que le lien entre l’objet physique et l’avatar puisse être pérenne.

PdM : Pourquoi ne pas simplement disposer la pièce dans un emballage sécurisé et marquer ce dernier ?

P.N. : Cela pourrait en effet être une solution. Cependant posons-nous la bonne question dans ce cas. Que protège le marquage ? Et bien, cette solution ne protège que l’emballage et non pas la pièce. C’est donc une solution que nous ne pouvons pas retenir.

PdM : Vous êtes membre de SwissLabel. Quels avantages comptez-vous en tirer et qu’est-ce que vous entendez offrir à cette organisation ?

P.N. : Le label est en ligne avec nos valeurs et nous apporte visibilité, fiabilité, rigueur et crédibilité à l’international. Nous sommes fiers de notre pays, qui est un centre économique important pour l’innovation. Enfin, le centenaire de SwissLabel à Brunnen nous a permis de rencontrer d’autres entrepreneurs suisses, libres et responsables.

PdM : Pour l’instant, vous vous concentrez sur les lingots et les pièces d’or. D’après vous, pour quelles autres catégories de biens, outre les objets de collection et d’investissement, votre procédé pourrait-il, à l’avenir, devenir intéressant ?

P.N. : Le monde de l’art contemporain est idéal, car aussi bien les artistes que les clients veulent se rassurer sur l’authenticité ou le tirage limité.

PdM : Sans doute, des concurrents vont vous rejoindre sur ce marché convoité. Comment entendez-vous garder votre longueur d’avance ?

A.C. : Nous investissons une part très importante de notre chiffre d’affaires en Recherche et Développement (R&D). En particulier, nous avons élaboré des procédés de marquage dédiés via un laser, fruit de longues années de recherches. Nous avons conçu cette machine laser afin de répondre aux exigences de production de nos clients.

Trueplus Sàrl se base principalement sur les standards du marché pour ce qui concerne l’identification. Par ailleurs, Trueplus Sàrl poursuit ses efforts de recherche dans la miniaturisation des marquages et l’ajout de « secrets de fabrication » de plus en plus sophistiqués de manière à accroître la fiabilité de l’authentification.

Nous veillons à conserver les avantages de notre savoir-faire tant au niveau marquage que de la relecture des parties authentifiantes. Nous continuons à développer des algorithmes très complexes autour de la reconnaissance des images, en rapport avec la discipline dite de « Computer Vision ».

PdM : Les lecteurs de Point de Mire sont essentiellement des financiers. Quels sont les avantages spécifiques que le « PhyGital » en général et vos prestations en particulier vont apporter aux gérants de fortune indépendants ?

P.N. : Nous permettons à nos clients d’offrir une garantie sur des pièces d’investissement quant à leur authenticité. En pratique cette innovation permet d’embarquer le certificat d’authenticité sur le produit, telle est la finalité du « PhyGital ». Ainsi, les gérants de fortune peuvent allouer et ségréguer sans équivoque cet or physique auprès d’un dépositaire.

Note
1 Le monde de la contrefaçon se porte bien avec des dégâts estimés à environ 500 milliards de dollars par an. Pour plus d’informations, voir http://www.oecd.org/governance/trade-in-counterfeit-and-
pirated-goods-9789264252653-en.htm

Managing Partner et fondateur de Trueplus Sàrl Paul Noel, curieux de technologies, a commencé sa carrière dans l’implémentation des logiciels de gestion de fortune avec Odyssey, avant de rejoindre le monde de la banque chez Darier, Hentsch & Cie. Après dix années au service de LODH où il fut notamment en charge des développements informatiques en lien avec le Private Banking, Paul Noel a été actif aussi dans la mise sur pied de l’entité « Global Custody » de l’ancien banquier privé genevois qu’il quitta en 2010 avec le titre de Senior Vice-President. Etabli à son propre compte, il travailla ensuite pendant une année comme Consultant auprès de la Banque Privée Edmond de Rothschild à Genève avant de fonder Swiss Bullion Corp Geneva SA. De nationalité belge et suisse, Paul Noel est titulaire d’un master en économie, orienté analyse quantitative, de l’Université de Namur. Expert en finances, il est au bénéfice de la certification Certified International Wealth Manager.

Passionné par les technologies et l’innovation, co-fondateur de Trueplus Sàrl, Alexandre Chatton est d’abord un Product Manager. Il a travaillé pour diverses sociétés informatiques en Suisse aussi bien dans le secteur industriel que dans les services bancaires, notamment chez Odyssey et New Access. Encouragé et inspiré de ces expériences, il devient lui-même entrepreneur. En 1999, il crée sa première société, alors spécialisée dans le domaine du reporting financier. Dans ce contexte Alexandre Chatton a été l’un des acteurs importants de l’effort de modernisation de la communication bancaire en Suisse et en Europe pour le compte de banques internationales de renom. Par la suite il est devenu éditeur de logiciels ; à ce titre il assiste et aide ses clients dans le domaine informatique. Membre fondateur de Trueplus Sàrl, il recherche aujourd’hui les solutions technologiques les plus adaptées aux besoins de ses clients et prospects dans cette discipline toute récente et novatrice qu’est le « PhyGital »