Point de Mire

Portrait Eté 2017
Me Pierre Ochsner
Avocat
Associé et fondateur de l’étude Ochsner & Associés
Genève

Ochsner full« Se réunir est un début, rester ensemble est un progrès, travailler ensemble est la réussite. »

Cette devise de Henry Ford est celle que l’on peut lire sur le site d’Ochsner & Associés, une étude d’avocats réputée de la place genevoise, fondée par Me Pierre Ochsner au début 1988.

Une Etude d’avocats à la veille du Legaltech

Au fil du temps, cette étude spécialisée notamment en droit bancaire et financier, a fortement consolidé sa stature. Aujourd’hui, c’est entouré de ses six associés que Me Pierre Ochsner en assume la direction. Désormais acteurs incontournables de la place genevoise, cette équipe de spécialistes s’intéresse de plus en plus au « Legaltech », un nouveau concept qui est en passe de transformer sensiblement le travail juridique. Mais Pierre Ochsner, qui a d’abord acquis une expérience juridique dans la banque, estime que lors d’un différend, la plupart du temps il est préférable de tenter de le résoudre à l’amiable plutôt que d’engager de longues procédures juridiques. Le fondateur de l’étude Ochsner & Associés est en effet convaincu qu’en dépit des avancées de la technologie, l’essentiel en matière de règlement des conflits restera en fin de compte toujours l’humain. Son engagement et ses connaissances profondes du judo, l’une de ses autres grandes passions, ne sont certainement pas étrangères à cette façon de penser. « Seiryoku Zenyo », phrase que l’on peut traduire par « utilisation habile et bon usage de l’énergie », citation figurant sur la page personnelle de Me Ochsner, est un vrai témoignage de cette philosophie en matière de résolution de conflits. Pour cette double raison et pour bien en comprendre les liens il nous a paru intéressant de nous entretenir avec lui.

Interview réalisée pour Point de Mire par Daniel Stanislaus Martel et publiée en juillet 2017

Entretien

Point de Mire : Il y a 30 ans, vous avez fondé Ochsner & Associés comme étude spécialisée en droit bancaire et financier. Qu’est-ce qui a changé durant ces années et qu’est-ce qui est resté constant dans ce domaine ?

Me Pierre Ochsner : D’abord, je n’ai pas fondé Ochsner & Associés. J’ai juste fondé l’étude Ochsner avocats ; j’ai commencé avec une simple machine à écrire à boule. Quand je me suis mis à mon compte à Genève je n’avais pas de père avocat à même de me léguer une clientèle. Mes premiers clients vinrent du secteur bancaire où j’ai commencé ma carrière professionnelle, tandis que d’autres furent des connaissances actives comme moi dans le judo. La leçon que je peux tirer de mes 30 ans d’activité, est que « si l’on fait bien son travail on se créé progressivement une réputation ». J’ai eu la chance de pouvoir par la suite associer à mon étude six personnes compétentes et spécialisées ; je me suis dit en effet qu’il était dommage d’avoir travaillé pendant de longues années et de ne pas avoir de successeur. Pour répondre à votre seconde interrogation sur ce qui a changé dans la finance, c’est qu’aujourd’hui tout est devenu plus contrôlé. Si je compare les transactions bancaires de l’époque où j’étais moi-même dans la banque à ce qui se fait aujourd’hui, les procédures se sont extrêmement compliquées.

PdM : Pouvez-vous expliquer aux financiers et notamment aux lecteurs de Point de Mire la nature et le genre de litiges dans le domaine financier qui vous sont fréquemment soumis ?

P. O. : Ce n’est pas forcément de litiges dont il s’agit, mais plutôt des conseils que l’on me demande afin de s’assurer de la conformité de certaines transactions avec les lois suisses. Aujourd’hui, le simple fait d’ouvrir un compte dans une banque, puis de l’alimenter, devient une opération délicate. Il y a d’emblée un travail juridique à faire, chose qui n’existait pas il y a 30 ans. L’objectif est maintenant d’anticiper les conflits. Celui qui arrive à se projeter dans l’avenir est un bon juriste : Pour prévoir les coûts et les conséquences d’un possible conflit, rien ne vaut l’expérience professionnelle. Intuitivement, je dirais qu’un bon juriste doit pouvoir attirer l’attention de ses clients sur les points à risques et ce, afin d’éviter des problèmes futurs.

PdM : Depuis quelque temps, tout le monde parle du Legaltech. Dans quelle mesure ces technologies nouvelles appliquées aux services juridiques vont-elles influencer le travail de l’avocat et même celui du juriste bancaire ?

P. O. : Plusieurs de mes associés s’intéressent à l’utilisation des nouvelles technologies. Ainsi, je laisse Me Alexandre de Boccard répondre s’agissant des aspects liés aux nouvelles technologies (LegalTech et FinTech). Le Legaltech touche tant la résolution de litiges que le conseil. Le Legaltech a pour but de réduire le temps de traitement d’un dossier et d’en optimiser les coûts. On vit dans un monde où chacun veut une réponse immédiate. C’est là une différence considérable par rapport à la situation d’il y a 30 ans. Maintenant on vous envoie un e-mail et on vous téléphone juste après pour vous demander si vous l’avez bien reçu et si vous pouvez y donner une réponse immédiate. Un avocat a besoin de réflexion. Une nuit m’aide souvent pour mieux formuler ma réponse. Le Legaltech va réduire les coûts d’une partie de notre travail. Beaucoup de gens renoncent à faire appel à un avocat, essentiellement parce qu’ils ont peur des coûts. Le Legaltech devrait, selon moi, ouvrir la voie à une démocratisation du conseil juridique.

PdM : Les technologies c’est une chose, les attentes qu’elles suscitent, une autre. D’après vous, dans quelle manière les Legaltech vont-elles modifier les attitudes de vos mandants dans le domaine financier ?

P. O. : Nous informons nos clients à l’avance sur les coûts relatifs à nos prestations. Ils peuvent notamment se référer à nos différents sites internet tels que www.legaloutsourcingservices.ch qui permet par exemple à un gestionnaire de fortune ou autre intermédiaire financier d’externaliser la fonction « Legal & Compliance » pour un montant forfaitaire. Par ailleurs, je citerai également notre plateforme www.legal-expatgeneva.com, qui propose d’accompagner et de conseiller les expatriés dans leurs dé-marches en Suisse, notamment administratives. Enfin, les établissements bancaires ont eu des coûts juridiques importants ces dernières années. En faisant recours au Legaltech, ces coûts devraient certainement diminuer. Je pense surtout aux banques qui ont les moyens adéquats pour investir dans ces technologies ou qui font appel aux études qui utilisent ces technologies.

PdM : En sus de vos activités juridiques vous êtes également fortement engagé dans le judo, notamment par le soutien que vous apportez à cet art martial. Par rapport à d’autres sports demandant une grande habileté corporelle tels que l’escrime, quelles sont, pour vous, les particularités du judo que vous voudriez mettre en exergue ?

P. O. : Je ne connais rien de l’escrime. Quant au judo, il a été fondé au Japon en 1882 non pas comme un sport, mais avant tout comme une méthode d’éducation ; sa perception en tant que sport et de championnats tels qu’on les pratique dans le cadre des Jeux Olympiques, est une notion plus récente. Pour ma part, c’est surtout le côté éducatif et formatif du judo qui m’intéresse. C’est dans ce domaine-là que je m’investis. Actuellement je m’occupe par exemple de trois clubs juniors à Genève et je cherche à développer le judo auprès des jeunes en Afrique de l’Ouest. En initiant les jeunes au judo, mon idée est de leur donner à la fois des repères sociaux et moraux et également des moyens de subsistance. J’aide financièrement les clubs, et leur apporte aussi des habits et des médailles. J’apprécie l’action du président de l’International Judo Federation (IJF), parce qu’il a créé notamment « Judo Education » et « Judo for Peace » qui sont des organisations d’entraide, actives notamment au Darfour et dans les territoires occupés palestiniens. Je trouve cela formidable et j’essaie de m’en inspirer dans ma petite contribution en Afrique de l’Ouest. J’ai commencé le judo quand j’étais très jeune. Comme je me disputais avec mon grand frère, nos parents nous ont mis tous les deux dans une école de judo. Plus tard, l’un et l’autre sommes devenus membres de l’équipe nationale suisse junior. Puis, je suis parti au Japon pour deux ans, notamment pour me perfectionner dans cet art martial. Le judo vous apprend le respect, le respect de votre adversaire notamment, et surtout cette discipline vous enseigne que vous ne pouvez pas devenir fort tout seul.

PdM : Dans ce contexte, quels sont pour vous les principaux enseignements que vos connaissances du judo ont apporté à la pratique de vos autres activités, juridiques en particulier ?

P. O. : J’ai été président de l’Association suisse de judo de 2008 à 2014, mais j’ai été également un fervent pratiquant de cet art tout au long de ma vie. Avant tout, je crois que c’est le respect et surtout le fait de savoir que si, aujourd’hui, vous êtes le plus fort, vous ne le serez sans doute plus demain. Vous trouverez inéluctablement un jour quelqu’un de plus fort que vous. Chacun se développe de manière autonome. Certains enfants ont une extrême rapidité, d’autres ne comprennent rien immédiatement, il leur faut davantage de temps de réflexion. Il en va de même dans beaucoup de domaines, en particulier les activités juridiques. Le judo m’a donné une force mentale extraordinaire. Comme avocat, j’ai vécu des moments difficiles et, comme tout un chacun, j’ai dû faire face à des coups durs. Mais, et je dirais grâce à la philosophie du judo, j’ai toujours gardé une grande espérance dans mon métier, et je vois le monde avec un idéalisme inébranlable.

PdM : Enfin, à l’heure des Fintech et du Legaltech, comment voyez-vous le positionnement et l’évolution de l’étude Ochsner & Associés à l’horizon de ces cinq prochaines années ?

P. O. : L’Etude Ochsner & Associés a la chance de conseiller des clients Fintech depuis 2014, bien avant le projet de nouvelle réglementation récemment publié. En outre, nous sommes honorés de pouvoir conseiller plusieurs associations FinTech très actives dans ce domaine, et notamment d’être partenaire officiel de la Swiss Crowdfunding Association, cela depuis sa création en juin 2015. S’agissant de la Legaltech, outre les sites internet précédemment mentionnés, l’Etude a plusieurs autres projets concrets en phase de finalisation, dont un projet qui sera mis en ligne dans les prochaines semaines. Je pense que le développement des outils informatiques amènera pour le commun des mortels plus d’accessibilité à l’avocat et ce, grâce à un moindre coût possible notamment grâce aux avancées récentes des nouvelles technologie et de l’utilisation par les études d’avocats à ces technologies ; par ailleurs, le conseil juridique selon moi devrait prendre toujours plus d’importance, compte tenu de la plus grande complexité dans presque tous les domaines d’activité. Le Legaltech devrait permettre de simplifier certaines consultations juridiques. L’un des objectifs est que les particuliers et les sociétés soient moins frileuses pour aller consulter un avocat pour les choses vraiment essentielles. Les clients des études d’avocats se plaignent régulièrement qu’ils savent quand le compteur commence à tourner, mais pas quand il s’arrête, en parlant bien entendu des honoraires. Nous avons une toute autre approche, grâce à une communication précise, transparente et en amont du conseil donné. A titre d’exemple, l’Etude Ochsner & Associés est fier d’avoir réussi à mettre en place, pour les sociétés qu’elle conseille, une offre standardisée de service juridique externalisé (www.legaloutsourcingservices.ch), ce qui est une première en Suisse à notre connaissance et qui a été salué non seulement par nos clients, mais également par de nombreux confrères, ce qui est très encourageant pour notre étude.

Merci pour votre obligeance, Maître. Arigato et sayonara.

Me Pierre Ochsner a obtenu le brevet d’avocat en 1981. Pendant six ans il a travaillé dans une banque de la place spécialisée dans le négoce international. En 1988, il est devenu avocat au barreau de Genève, où il s’est rapidement forgé une excellente réputation dans les différends notamment d’ordre commercial, immobilier et, en conséquence, les poursuites. Il pratique toutefois également la prévention légale, en conseillant de nombreuses sociétés suisses et étrangères. Enfin, il siège au sein de plusieurs conseils d’administration. Me Pierre Ochsner est également très connu dans le monde du judo. Ce sport asiatique qui associe réflexion, agilité et tactique façonne son travail de juriste et de dirigeant également.