Point de Mire

Didier Urban
CEO
Administrateur délégué
Issendis

Portrait Didier UrbanISSENDIS:L’officine du Serial Entrepreneur qui privilégie la solution cohérente à la technologie complexe

Interview pour Point de Mire réalisée par Daniel Stanislaus Martel

« Technologies nouvelles », voici une notion bien ancrée dans les esprits des milieux financiers. Le terme fédère une multitude d’idées à l’objectif d’améliorer la compétitivité. ISSENDIS offre, depuis 1993, donc bien avant l’excitation technologique actuelle, des solutions taillées sur mesure. Didier Urban, le fondateur, rejoint par son partenaire Alain Curt, a toujours approché les technologies dans l’idée d’y voir un moyen et non une fin en soi. Sa société actuelle, riche de plus de 20 ans d’expérience, propose des solutions de documentique, de gestion d’entreprise et de partage d’informations. Tous ces moyens perdent leur efficacité si l’institution qui s’appuie sur eux souffre de conflits internes. A l’aide de la météorologie sociale, Jean-Pierre Chassagnolle, partenaire d’ISSENDIS, apporte son savoir-faire dans le domaine très délicat de la réduction des tensions au sein des entreprises, un secteur sur lequel ISSENDIS offre des outils d’analyse. En outre, ISSENDIS s’oriente de plus en plus vers le Fintech et plus largement vers les solutions nouvelles qui concernent la plupart des entreprises. La société est en train de développer aujourd’hui une nouvelle plateforme en matière de documentique qui est l’une de ses grandes spécialisations. C’est dans ce contexte que Didier Urban et Jean-Pierre Chassagnolle ont contribué au lancement d’une nouvelle association, The Swiss Fintech Convention (TSFC) et travaillent activement à la préparation de son premier colloque.

« Le développement fulgurant (…) des techniques (…) a contribué à accélérer singulièrement les transformations en profondeur des activités financières. » Ce constat se retrouve dans le numéro 23 de Point de Mire, paru en 2005, l’année où ISSENDIS en comptait déjà douze. Son fondateur Didier Urban était dans sa 26e année de serial entrepreneur.

Comprendre les motivations – offrir des solutions

Dès les années 1970, ce sont souvent des pionniers, parfois très jeunes dans bien des cas, qui ont été à la base de l’élaboration de logiciels innovants destinés à simplifier les tâches répétitives, ce qui a permis à de nombreuses entreprises de réaliser ainsi des gains de productivité. Ces gains toutefois n’ont pas toujours été à la hauteur des attentes par rapport aux objectifs visés.

Ce constat a encouragé Didier Urban à penser d’abord à l’utilisateur plutôt qu’au logiciel. Des modules spécialisés, réalisés avec le client, ont accéléré la digitalisation dans les années 1980.

C’est avec cette vision qu’en 1993, Didier Urban fondait la société ISSENDIS, rejoint peu après par Alain Curt devenu associé. Son objectif était d’accroître le rendement des appareils de bureau par des logiciels astucieux. Selon Didier Urban, le pilotage sur mesure augmentait la productivité davantage que l’achat d’une nouvelle machine munie de programmes standard. Le client réduisait ainsi son investissement global.

C’est cette approche, orientée client, qui inspira notre serial entrepreneur à distribuer et maintenir un programme de comptabilité lequel, en 2000, fut racheté par Quadratus Informatique qui économisait ainsi les frais de développement.

Dès les années 1990 la bureautique devenait le nouvel enjeu. Microsoft était déjà puissante, mais ne détenait pas encore un quasi-monopole. ISSENDIS s’associa alors à Star Office, pour développer une nouvelle suite bureautique, Office One. Cette expérience constructive dans la bureautique a permis à ISSENDIS de s’orienter, de se spécialiser dans la Gestion Electronique de Documents. En effet, la prochaine étape de la course à la productivité débouchera sur la « dématérialisation » des liasses de papiers encombrantes.

Fédérer les avantages – cumuler les données

Dans les années 2000, ISSENDIS devenait, en Europe, un des pionniers de la documentique, et ce à l’heure où, en France notamment, des modifications de la législation commençaient à conférer une valeur légale aux pièces archivées électroniquement. Liée à la saisie numérique, au stockage digital des données et aux outils toujours plus performants, la documentique accélérait ainsi la productivité, même dans les administrations.

Au cours de la dernière décennie, la dématérialisation a virtualisé les procédures. Des précurseurs comme ISSENDIS ont rendu accessibles, sur des plateformes communes, les données stockées dans les systèmes spécialisés dédiés aux ressources humaines, aux services financiers ou à la vente. Les décideurs ont ainsi obtenu un « tableau de bord » qui les renseignait, en temps réel, sur tous les paramètres de l’entreprise.

Ces informations étaient basées sur une multitude de données comme par exemple, l’âge des cadres, les ventes par jour ou le nombre de clics sur une publicité «placée dans un blogue». La pression encore croissante sur la compétitivité et la disponibilité de nouveaux outils ont donné naissance à des possibilités toujours plus nombreuses de sonder ces données.

MyCursusPro centralise toutes les données de l’entreprise ou de l’institution de manière librement paramétrable. Grâce à ces analyses, MyCursusPro est un formidable indicateur stratégique en matière de recrutement, sécurité, formation, …

MyAccueilPro pilote la récolte et la diffusion d’informations. Ses objectifs peuvent être les présentations de produits, les sondages d’opinion ou l’accès aux prestations. L’interaction avec le client est souvent assurée par borne vidéo-tactile. Avec les solutions de ISSENDIS, une banque pourra se distinguer de façon très originale.

Nouvelles mégatendances – nouvelles opportunités

MyMétéoPro qui permet de prendre la température ou l’ambiance sociale régnant au sein des entreprises, est l’une des nouvelles solutions prometteuses que vient de développer ISSENDIS. Une entreprise a beau s’optimiser, elle est condamnée si des conflits la minent intérieurement. L’approche Big Data permet de tracer des « cartes météorologiques sociales » qui renseignent sur les conflits ouverts, larvés et potentiels. Une nouvelle génération de dirigeants se préoccupe à nouveau de l’ambiance de travail afin de diminuer les risques. Enfin, du personnel motivé et loyal est moins enclin à trahir son employeur. Qui ne connaît pas les scandales des données bancaires subtilisées et revendues ? Jean-Pierre Chassagnolle, directeur de la société ROUX DEVYLDER & Associés, et partenaire d’ISSENDIS, se définit comme « docteur d’entreprises ». En s’appuyant sur l’utilisation de MyMétéoPro, M. Chassagnolle pilote la mise en œuvre de mesures de rétablissement.

ISSENDIS anticipe son futur rôle dans les Fintech qui représentent la prochaine étape dans la course à la compression des coûts et l’accélération des décisions. Une nouvelle version du système de documentique, SkyGED, sera introduite en Suisse en 2017. Didier Urban souligne en outre son intérêt personnel par son engagement au sein de The Swiss Fintech Convention (TSFC). Une nouvelle fois, il ne se focalisera pas sur la technologie mais sur les besoins exprimés par les utilisateurs qui se sentent menacés, à savoir les banques, et ceux qui se sentent motivés comme le sont les start-ups.

Didier Urban que Point de Mire a rencontré a bien voulu nous faire partager ses expériences et réflexions de sa vie de serial entrepreneur.

Ecoutons-le :

Point de Mire : Les fournisseurs de produits et de prestations basées sur les technologies nouvelles sont nombreux. Qu’est-ce qui rend ISSENDIS unique pour le client ?

Didier Urban : Notre premier grand atout est la réponse « customisée » aux besoins pointus du client. Un exemple concret est celui-ci : « Nos cadres doivent », nous dit l’un de nos clients, « échanger des documents dans la discrétion avec un avocat dans une étude internationale 24 heures sur 24. Comment pouvons-nous réaliser ces communications ? » Un de nos spécialistes a élaboré la solution spécifique et l’a insérée dans l’infrastructure existante. C’est à chaque client que nous offrons notre solution alignée sur ses besoins.

PdM : Comment voyez-vous l’évolution des technologies à la base de vos produits et prestations, telles que le Blockchain ou l’intelligence artificielle d’ici cinq ans ?

D. U. : Le Big Data va être la grande évolution de la future décennie. Aujourd’hui, une entreprise de taille moyenne repère rapidement 50 documents parmi 10’000 pièces. Comment faudra-t-il procéder lorsqu’on voudra sélectionner 500 pièces dans un fonds de dix millions dans une multinationale ? Cela présuppose des systèmes qui apprennent d’eux-mêmes en fonction de recherches similaires effectuées dans un même contexte. La récolte de données va sans doute également évoluer. Des détecteurs dans une salle d’attente pourraient par exemple mesurer le temps de consultation des publicités dans une revue imprimée. A mon avis, l’essentiel sera l’authentification des personnes qui traitent ou consultent les documents. Enfin on devra s’assurer qu’un document, une fois authentifié, sera à l’abri des manipulations ultérieures.

PdM : Les nouvelles technologies sont en évolution permanente. Comment assurez-vous l’adaptation régulière de vos solutions pour maintenir la confiance de vos clients ?

D. U. : Personnellement je m’appuie sur la veille technologique et économique. Je consulte au moins trois livres par semaine et j’effectue des recherches sur le web à l’aide du tool Flipboard tous les jours. Cette veille essentielle est trop souvent négligée au sein de l’entreprise.

PdM : Plus concrètement, qui sont vos clients en général et dans le Bassin Lémanique, en particulier, quels nouveaux créneaux visez-vous ?

D. U. : Nous avons de tout, de la PME au grand groupe, en passant par les collectivités publiques. Un exemple est un fournisseur de chalets en bois préfabriqués. Chaque étape de la fabrication et du montage est documentée sans papier. Nous sommes déterminés à aborder les secteurs qui, d’après notre expérience, traitent et archivent un grand nombre de documents de toute sorte et qui dépendent d’un niveau de confiance élevée pour leur profession. Des exemples sont les avocats, les gérants de fortune indépendants, voire l’industrie horlogère, mais également les communes, notamment en Suisse. Une banque privée à Genève a été la première à adopter notre solution par le biais de l’un de nos distributeurs romands.

PdM : Vous servez donc également des banques et acteurs liés à la finance à Genève. Comment vous positionnez-vous sur ce marché très spécifique et convoité ?

 D. U. : Une des idées du Fintech est de simplifier et d’accélérer les transactions. Dans la banque beaucoup reste à faire. Un paiement en Chine dure trois semaines par une banque traditionnelle. Avec le système online chinois Alibaba, cela va nettement plus vite. Une banque peut sentir la concurrence des nouveaux acteurs. Or, certaines technicités sont identiques pour toutes les banques. Elles devraient donc confier celles-ci à un consortium pour maximiser les synergies. Un exemple est le R3 qui propose du Blockchain. En revanche, l’organisation et les procédures internes sont propres à chaque banque. Dans ce cas la solution est de préférence individuelle. Courant 2017 nous lançons notre nouvelle plate-forme SkyGED qui simplifie et accélère les transactions.

PdM : ISSENDIS est l’un des partenaires technologiques de The Swiss Fintech Convention (TSFC) qui aura lieu en février 2017 à Genève. Quels bénéfices entendez-vous obtenir par le biais de votre engagement ?

D. U. : ISSENDIS souhaite se positionner comme solutionneur de problèmes dans différents secteurs. Pour cette raison nous entendons entrer en contact avec les acteurs de la finance et saisir leurs besoins concrets. Notre partenaire Jean-Pierre Chassagnolle s’est porté volontaire pour la présidence de The Swiss Fintech Convention (TSFC). Il est notamment motivé par la perspective d’explorer le rôle des Fintech dans la prévention de conflits intra-entreprise.

PdM : Selon vous, dans quelle mesure le Fintech changera-t-il le monde de la finance en général et à Genève d’ici cinq ans ?

 D. U. : Deux options s’offrent. La première est que les acteurs financiers suisses répondent aux ambitions de prestataires comme Alibaba, Amazon ou Apple qui sont tous en train d’introduire des prestations financières. Rappelons qu’en Chine, 60 pour-cent des transactions se font par Alipay, un service d’Ali Baba. Les banques suisses peuvent se concentrer sur d’autres activités comme la gestion de fortune ou le prêt. Une seconde option serait de rendre obligatoire un intermédiaire suisse par exemple pour le clearing. Dans ce cas, des financiers survivent en Suisse, mais seront écartés des transformations internationales.

PdM : Comment les autorités et les régulateurs pourraient-ils appuyer les entrepreneurs dédiés au Fintech ?

 D. U. : Les autorités devraient réglementer et superviser les consortiums existants comme le R3 déjà mentionné. Une autre possibilité serait d’inciter les acteurs financiers helvétiques à proposer des solutions nationales qui offrent une valeur globale pour l’utilisateur au moins analogue à celle de leurs concurrents étrangers. Enfin, les autorités pourraient réfléchir comment d’autres fonctions des banques, comme le prêt, pourraient être renforcées.

PdM : Quelles autres nouvelles technologies voyez-vous apparaître dans les prochaines années et comment vont-elles, d’après vous, modifier le monde ?

 D. U. : L’une d’elles sera l’authentification vraiment fiable. A mon avis, le smartphone sera l’appareil portable qui cumulera toutes ces fonctions. De nouvelles approches comme l’haleine pourraient accroître la fiabilité des identifications. Un risque des nouvelles technologies est peu discuté. Les Américains détiendront plus ou moins le monopole des systèmes d’exploitation, les Chinois celui sur les appareils. Le monde sera à la merci de ces deux fournisseurs.

 PdM : En cas de risque susceptible d’affecter vos produits et vos clients, comment agissez-vous pour rétablir la confiance, plus importante même que le fonctionnement des systèmes ?

 D. U. : Chaque membre de notre équipe contribue à la veille technologique et économique et partage les résultats avec ses collègues. Tout le monde peut alors anticiper un maximum de difficultés possibles. En cas de besoin nous alertons le client et pilotons ses updates. Quand un client signale une anomalie, nos ingénieurs développent la réponse. Le client sait qu’il pourra compter sur notre partenariat et notre professionnalisme aujourd’hui et demain même si les technologies vont évoluer.