Point de Mire

Portrait Eté 2018
Pierre-Noël Formigé
Fondateur et CEO
SEQUOIA Group SA Genève

Du gestionnaire de fortune indépendant au prestataire de services pour ses collègues GFI

FOR Interview réalisée en exclusivité, pour Point de Mire par Daniel S. Martel, publiée online le 17 juillet 2018

Depuis les dernières 20 années, la société financière genevoise SEQUOIA a suivi une trajectoire peu ordinaire. Au départ, il s’agissait d’une affaire classique de gestion de fortune indépendante (GFI). Dans la course à l’innovation pour s’adapter aux temps qui changent, elle s’est élargie pour proposer à d’autres GFI des prestations qu’elle destinait au départ à son propre usage. Pierre-Noël Formigé, son fondateur et CEO, a surmonté des défis nombreux, bien connus des professionnels de la finance, durant toutes ces années marquées par un durcissement progressif des contraintes applicables à la gestion de patrimoines. La montée des coûts, les restrictions légales toujours plus nombreuses, les réglementations de plus en plus contraignantes et les pressions politiques sur le secteur de la finance helvétique en sont quelques exemples. Au lieu de se résigner, Pierre-Noël Formigé, tout en continuant à gérer les patrimoines qui lui ont été confiés, a décidé de s’ouvrir au marché et de faire bénéficier d’autres GFI de ses expériences. Aujourd’hui, SEQUOIA propose à ses anciens concurrents, devenus ses clients ou même ses partenaires, des prestations qui couvrent les aspects essentiels de la gestion de fortune indépendante.

SEQUOIA Group SA est ainsi devenue une holding financière qui réunit 35 personnes et chapeaute trois entités. SEQUOIA Advisory SA (anciennement SEQUOIA Asset Management SA) se focalise sur la logistique et les services d’accompagnement et de support destinés aux gestionnaires de fortunes et de fonds. SEQUOIA Advisory SA jouit d’une large expérience, d’accords, de réseaux et de systèmes informatiques optimisés depuis sa création ; elle met également une équipe de spécialistes à disposition des clients qui la mandatent. Ceci lui donne la crédibilité, la légitimité et les bases nécessaires pour servir au mieux ses clients et partenaires. SEQUOIA Wealth Management SA, la deuxième société, se dédie à la clientèle privée et au Family Office. SEQUOIA Wealth Management SA est le premier «client» de SEQUOIA Advisory SA. Elle permet en outre aux GFI ou aux autres gestionnaires qui se lancent, qui ne souhaitent pas ou ne peuvent pas mettre en place leur propre structure juridique et qui veulent conserver leur liberté de mouvement, de choix et de rémunération, tout en respectant les directives réglementaires et juridiques du moment, de jouir d’une plateforme novatrice répondant à tous ces critères. Le suivi comptable et fiscal des sociétés du groupe SEQUOIA, de ses membres, de ses partenaires et de ses clients est assuré par la troisième entité du groupe, WEALTHINGS SA, qui a été fondée en partenariat avec Patrick Thiebaud, ancien directeur d’Arthur Andersen.

Ces trois entités offrent des prestations à forte valeur ajoutée, cohérentes et modulables, comprenant notamment la sous-traitance d’opérations techniques et répétitives, le partage de locaux, ou encore l’accès au vaste réseau de compétences externes indispensables à tout GFI. Elle permet aux GFI, dans la majorité des cas, d’augmenter leurs revenus de façon significative grâce à la fédération des masses et volumes sous gestion ainsi qu’aux procédés internes d’optimisation des coûts et revenus. SEQUOIA se définit comme un « one stop shop », ou interlocuteur unique pour GFI. Un gestionnaire peut devenir partenaire ou même associé du groupe, et ainsi multiplier ses forces et renforcer sa position au sein de SEQUOIA Group SA.

En financier talentueux et averti, Pierre-Noël Formigé continue à faire bénéficier les GFI de sa riche expérience, tout en la partageant et la confrontant avec d’autres professionnels. Pour en savoir davantage, nous l’avons rencontré dans ses nouveaux bureaux genevois, Rue de Jargonnant 2, qu’il occupe depuis ce printemps.

Ecoutons-le !

Point de Mire : Les gérants de fortune indépendants (GFI) sont forcés de s’appuyer sur différents partenaires, et, en particulier, bien entendu, sur leurs banques dépositaires. Pour votre part, vous vous positionnez comme une « plateforme au service des GFI ». Concrètement, quelles sont en fait vos prestations et, pour un GFI, quel est l’intérêt principal d’y adhérer ?

Pierre-Noël Formigé : En effet, les GFI tels que nous les connaissons sont une particularité suisse qui vise à offrir des prestations financières sur mesure à des clients privés ou institutionnels, de façon indépendante et avec le moins de conflits d’intérêts possibles. Il était jusqu’à présent relativement facile d’établir une société financière en Suisse, cependant les nouvelles réglementations nationales et internationales sont en train de fortement modifier la donne. C’est dans ce cadre que nous avons pris les devants. Nous avons donc façonné notre groupe avec le conseil d’auditeurs et d’avocats spécialisés pour que SEQUOIA devienne une plateforme indépendante permettant aux GFI de pérenniser leurs objectifs premiers : la relation humaine avec leurs clients, la liberté d’action, l’indépendance financière et l’offre d’un service à vraie valeur ajoutée. Pour cela, SEQUOIA travaille avec de nombreux prestataires de services comme les banques dépositaires qui sont elles-mêmes amenées à modifier leurs offres et structures pour répondre aux demandes toujours plus pressantes des régulateurs, du marché et donc des clients. L’activité de GFI n’était jusqu’à présent pas ou peu réglementée ni vraiment reconnue en Suisse ; elle va le devenir dans les mois qui viennent, et va donc pouvoir prendre un réel essor au sein du tissu financier suisse. Naturellement, il va falloir que les acteurs qui forment ce nouveau marché de GFI répondent à des critères beaucoup plus élevés, dont plus de 70% des acteurs à ce jour ne sont pas dotés. SEQUOIA se positionne donc pour aider ces GFI à répondre au cadre juridique et réglementaire imposé par les lois et directives telles que LSFin, LEFin, MiFID II, etc. En étant membres de SEQUOIA, les GFI répondent aux exigences réglementaires. Les GFI ont également accès aux espaces de travail communs ou séparés, aux équipes de back-office, de middle office et de gestion, aux logiciels agréés de consolidations de comptes, de reporting, de gestion des risques, de suivi d’ordres, de cartographie de clients, et aux services de compliance. SEQUOIA est également à même d’offrir un réseau de prestataires et d’accords qui permettent à tout GFI membre de la plateforme SEQUOIA d’optimiser ses coûts et d’augmenter ses revenus. L’intérêt principal d’adhérer à SEQUOIA est simplement d’éviter aux GFI de devenir des hommes orchestre, de leur permettre de se concentrer sur leur vrai métier et de mieux gagner leur vie tout en respectant l’environnement réglementaire actuel et en restant maîtres de leurs emplois du temps ainsi que de leurs revenus.

PdM : Au départ vous étiez un GFI classique. Qu’est-ce qui vous a fait vouloir offrir des prestations à d’autres intermédiaires financiers, en sus de vos propres activités ?

P-N.F. : Les premières raisons pour lesquelles nous nous sommes orientés vers des prestations à d’autres intermédiaires financiers découlent de l’expérience acquise dans le monde financier anglo-saxon et de la demande récurrente d’autres GFI qui souhaitaient bénéficier de cette expertise. Après avoir travaillé dans une banque d’affaires d’importance mondiale à Londres et à New York, lorsque je suis revenu à Genève, je me suis aperçu que le métier de GFI en Suisse était bien différent de ce que j’avais pu observer. A Genève, l’accent semblait reposer sur la relation humaine avec son client, alors qu’au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, l’offre des conseillers en patrimoine était plus orientée sur la performance et le service à forte valeur ajoutée que l’on ne pouvait prodiguer qu’avec une structure adéquate, composée d’au moins six personnes et de systèmes informatiques performants. De plus, nous avons été rejoints par des gestionnaires de fonds, qui souhaitaient se focaliser sur leur trading et nous laisser gérer toute la partie administrative et opérationnelle. Nous avons donc investi dans des équipes et un réseau de prestataires institutionnels à partir de 2004. SEQUOIA a donc pu offrir très tôt des familles de fonds qu’elle donnait en gestion à des gestionnaires internes ou externes dont SEQUOIA suivait l’activité en temps réel, avec contrôle du risque. Par la suite, le même modèle a été offert à des gestionnaires indépendants (GFI) afin de leur permettre de se concentrer sur la relation humaine avec leurs clients et donc de nous laisser gérer toute la partie opérationnelle et réglementaire sous-jacente.

PdM : Vous proposez aux GFI des prestations, des conseils et des partenariats. Est-ce que vous pourriez nous en dire plus ?

P-N.F. : SEQUOIA est un prestataire suisse de solutions financières globales en gestion de fonds et de patrimoine. SEQUOIA assiste les institutions financières, les conseillers en placement et les Family Offices suisses et étrangers et les aide à créer et gérer le patrimoine de leurs clients. Pour cette raison, SEQUOIA a vocation à fédérer autour d’elle des prestataires/partenaires que SEQUOIA va mettre en lien avec les membres de sa plateforme tout en assurant la logistique et le risque qu’une telle relation implique. Les prestations proposées comprennent : une place de travail au sein d’un environnement dynamique et synergique ; des services administratifs et de réception ; des services de conseil en gestion de portefeuille ; des services d’assistanat en Front, Middle et Back Office ; des services de Legal & Compliance ; des services de gestion des risques ; la mise à disposition d’un PMS, d’un CRM et d’une Infrastructure IT ; la mise à disposition d’un réseau permettant d’augmenter ses revenus ; d’un accompagnement marketing et promotionnel si souhaité.

Lorsque le chiffre d’affaires annuel récurrent généré par un GFI en faveur de la plateforme SEQUOIA s’élève à plus de CHF 500’000.00, le GFI peut à certaines conditions devenir actionnaire de la plateforme SEQUOIA et donc bénéficier également du développement des autres membres de la plateforme.

PdM : Concernant vos partenariats ou associations, les GFI qui choisissent cette option ne perdent-ils pas l’un de leurs grands atouts, c’est-à-dire leur autonomie ?

P-N.F. : Non, c’est là justement le grand attrait de SEQUOIA. SEQUOIA a été structurée pour préserver l’autonomie des membres qui la forment. En effet, les GFI qui sont « powered by » SEQUOIA ont la liberté de quitter SEQUOIA à tout moment, avec un bref préavis. Les GFI qui sont employés par SEQUOIA peuvent également reprendre leurs clients et quitter SEQUOIA, avec le même préavis. Tout est fait au sein de SEQUOIA pour que chacun de ses membres, personnes physiques (employés) ou personnes morales (sociétés), puisse agir de façon autonome tout en respectant le cadre légal et réglementaire qui nous est imposé (surveillance et autorégulation).

PdM : Dans le cadre des prestations que vous offrez par le biais de votre plateforme, comment abordez-vous le risque, la compliance et la réglementation ? Est-ce le même processus que celui que vous appliquez dans le cadre de vos propres activités de gestionnaire de patrimoine ?

P-N.F. : Dans le processus d’acceptation de nouveaux membres de la plateforme ainsi que du suivi de l’activité de ces membres, il est évident que nous devons appliquer des règles strictes, conformes aux dispositions légales et aux règlements de la FINMA. Le risque d’une plateforme telle que SEQUOIA réside en grande partie dans l’activité des membres qui la composent. Il est primordial de s’assurer que les acteurs et membres de SEQUOIA respectent en tous points les règles de bonne conduite. C’est là un très grand challenge pour SEQUOIA car il est difficile de suivre les faits et gestes de tous ses membres, sans parler des activités qui ne sont pas directement liées à SEQUOIA mais se reflètent sur la réputation et le professionnalisme.

PdM : Comment sélectionnez–vous les GFI qui souhaitent re-joindre votre plateforme ?

P-N.F. : Le processus de sélection de nos membres est encore très ouvert, en particulier parce que les principales lois affectant en profondeur les GFI (LSFin, LEFin) ne sont pas encore en vigueur. Par conséquent, la demande pour une plateforme telle que SEQUOIA est loin d’avoir atteint son point culminant. Dans l’attente d’une entrée en vigueur de la loi, SEQUOIA cherche avant tout des membres proactifs, capables de générer un chiffre d’affaires leur permettant de vivre et de payer les prestations qu’ils utilisent sur la plateforme SEQUOIA. Les GFI qui nous rejoignent actuellement sont des gestionnaires qui s’occupent de 20 à 150 clients, avec une masse sous gestion de CHF 20 Mio à CHF 300 Mio. SEQUOIA n’a pas de zone géographique de prédilection, même si ses membres actuels sont particulièrement actifs du côté des pays émergents.

PdM : Quels sont vos barèmes ou exigences minimales par rapport aux volumes du portefeuille et la performance du GFI ?

P-N.F. : SEQUOIA n’a pas de barèmes ou d’exigences minimales par rapport aux volumes du portefeuille, de la performance ou d’objectifs à réaliser par année. La seule chose que SEQUOIA demande à ses membres, c’est d’être un centre de profits et non de coûts pour sa plateforme. Cela signifie que le GFI qui rejoint SEQUOIA doit avoir suffisamment de clients pour vivre aisément des revenus générés et pour que SEQUOIA puisse couvrir les frais engagés pour servir le GFI. Chez SEQUOIA, le GFI n’a pas d’autres objectifs ou contraintes, si ce n’est celle de se conformer en tout temps aux règles de l’industrie de la gestion de fortune en Suisse. Dans ces conditions, le GFI détermine seul comment il dispose de son temps, de son argent et de ses clients.

S’agissant de la performance, le GFI qui est employé par SEQUOIA sous-traite la gestion et le conseil en gestion à l’équipe dédiée à cet effet au sein de SEQUOIA ; le GFI peut participer au processus de sélection des investissements et à la construction de portefeuilles, mais la gestion de la performance restera entre les mains de SEQUOIA. Les revenus qui en découlent sont partagés entre l’équipe de gestion SEQUOIA et le GFI, selon une clé de répartition convenue de cas en cas. La ventilation de ces revenus peut être différente d’un client à l’autre, notamment en fonction du degré d’implication et du rôle du GFI. Pour les GFI membres de SEQUOIA qui agissent par une société, pour autant que cette société remplisse les critères d’adéquation et de convenance de l’industrie, la gestion et la performance restent entre les mains de ces GFI, lesquels n’auront alors pas à se plier aux règles de gestion de SEQUOIA, mais devront assumer eux-mêmes les coûts d’un tel positionnement.

PdM : Quels sont vos atouts par rapport à d’autres prestataires qui offrent aux GFI des prestations analogues ou similaires aux vôtres, et quid des prestations offertes par les banques ?

P-N.F. : Les atouts que SEQUOIA offre par rapport à d’autres acteurs sont essentiellement le « one stop shop ». La plupart des plateformes actuellement sur le marché offre un ou deux services, et il faut ensuite aller chercher les autres ailleurs. Les prestations offertes ne sont pas toujours en adéquation avec les nouvelles réglementations. SEQUOIA a déjà fait le nécessaire avec la mise en place d’une structure adéquate et offre donc une « turn key solution » à ses membres, avec en particulier une prise en charge des questions réglementaires, mais également le réseau et la place de travail : tout est compris chez SEQUOIA. SEQUOIA jouit également d’une expérience et d’un historique de plus de 20 ans, ce qui permet à ses membres de bénéficier de son réseau et de ses accords. SEQUOIA est également très proche et active dans les domaines de la Fintech et du Biotech, ce qui permet aux clients de ses membres de participer au financement de projets novateurs et prometteurs. Non seulement SEQUOIA jouit d’une longue expérience dans la gestion de fortune, mais elle est également composée de spécialistes de la constitution, de la gestion et du suivi de fonds. SEQUOIA a vocation à mettre en place des structures de fonds, de notes ou de certificats pour ses membres, en mettant en contact et orientant tous les acteurs d’un fonds (gestionnaires, administrateurs, avocats, auditeurs, banques dépositaires, brokers). Finalement, SEQUOIA est dotée d’un logiciel centralisé indépendant dont la société-mère est basée à Zurich. SEQUOIA offre par ce biais un système capable de consolider les avoirs des clients de ses membres auprès d’une douzaine de banques, et ce de manière automatisée. Ce logiciel permet également le suivi d’ordres, de paiements, du risque et du reporting clients et régulateurs. Ce logiciel permet à tous les membres de SEQUOIA de suivre les comptes de leurs clients où qu’ils soient dans le monde. Quant aux prestations proposées par les banques, elles sont généralement adaptées au marché actuel, et elles vont fortement évoluer à l’avenir puisqu’une plus grande partie des prestations aux clients finaux vont incomber aux GFI. Les banques resteront des partenaires de choix pour SEQUOIA, et le fondement de l’offre de SEQUOIA. Elles devront naturellement adapter leurs prestations aux nouvelles règles, et considérer les GFI régulés comme des interlocuteurs institutionnels, ce qui n’a pas toujours été le cas dans le passé.

PdM : Pourriez-vous nous révéler quelques chiffres, comme les coûts pour vos clients et partenaires, et mettre ces chiffres en rapport avec ceux d’autres partenaires des GFI ?

P-N.F. : SEQUOIA ne facture aucuns frais à ses membres. SEQUOIA est une plateforme d’intérêts communs qui met à disposition de ses membres, dès le premier jour et sans frais, un outil permettant de réduire les coûts opérationnels et d’augmenter les revenus. Les membres de SEQUOIA peuvent conserver 70% des revenus générés grâce à la plateforme. Les membres peuvent également utiliser ou partager une partie des 70% qui leur revient avec l’équipe de gestion, afin de couvrir les frais de recherche, de suivi de compte, de conseil en gestion, de passation d’ordres, de marketing, de voyage, etc.

SEQUOIA est à mon sens très attrayante en comparaison avec d’autres solutions disponibles dans le marché, puisqu’elle ne facture aucuns frais et ne touche qu’un pourcentage du chiffre d’affaires généré par ses membres, ce qui permet d’aligner totalement ses intérêts avec ceux de ses membres, puisque le succès de ses membres devient son propre succès. SEQUOIA participe donc activement au développement et aux campagnes de marketing de ses membres. SEQUOIA est extrêmement attentive à ce que ses membres bénéficient des meilleurs outils et prestations actuellement disponibles dans le marché.

PdM : Comment la législation et la réglementation suisses, notamment la LSFin en train de se mettre en place, influenceront-elles vos opérations ? Comment gérez-vous l’approche juridique au sein de votre plateforme ?

P-N.F. : SEQUOIA a été créée pour répondre aux nouvelles législations et réglementations. Depuis 2011, SEQUOIA s’est efforcée de renforcer et parfaire ses structures et s’est entourée d’avocats, de conseillers, d’auditeurs qui l’ont façonnée dans le but de répondre en tous points aux nouvelles règles du marché financier. SEQUOIA a énormément investi en pensant que ces règles allaient être mises en place rapidement. Néanmoins, entre l’approche conservatrice voire attentiste de nos autorités et des événements majeurs tels que le Brexit, une telle structure devient surdimensionnée dans un marché non régulé. En revanche, comme cela devrait être le cas dès l’entrée en vigueur de la LSFin et de la LEFin, SEQUOIA offrira une solution extrêmement attrayante pour la grande majorité des GFI et des autres gestionnaires de fortune qui souhaitent changer d’horizon, devenir plus indépendants sans être esseulés, pouvoir offrir une solution indépendante multi-banques, multi-services, multi-prestataires, multi-produits, avec une forte valeur ajoutée pour leurs clients et pour eux-mêmes. Le suivi juridique est assuré à l’interne par notre « Head of Risk and Compliance », M. Mathieu Chacun, qui est appuyé par une aide externe en matière de compliance apportée par Mme Christina Riva, et finalement chapeauté par notre conseil juridique de toujours, l’étude Mangeat et plus particulièrement Me Fabien Aepli, qui siège également au conseil d’administration.

PdM : En ce qui concerne la législation et la réglementation européennes comme le Règlement général européen sur la protection des données (RGPD) ou comme MiFID II, comment vous y adaptez-vous ?

P-N.F. : Comme SEQUOIA l’a fait jusqu’à maintenant, avec le conseil de ses avocats, auditeurs et régulateurs. Avec, néanmoins, une différence dans la mise en œuvre, avec une phase d’observation plus longue avant de prendre des mesures, sans précipitation. Ce d’autant plus que nous gérons actuellement une clientèle essentiellement basée dans des pays émergents, avec l’application de règles différentes et généralement moins strictes sur ces questions. Nous y sommes quoi qu’il en soit attentifs et avons déjà initié les aménagements en ce sens pour anticiper une diversification de la clientèle touchée à travers nos GFI actuels et futurs.

PdM : Est-ce que vous entendez vous ouvrir à des GFI étrangers également ?

P-N.F. : Oui. Cela se pratique couramment chez nos homologues luxembourgeois, anglais ou singapouriens. SEQUOIA pourrait ainsi encadrer les activités suisses d’un GFI étranger. Nous sommes outillés pour offrir un tel service. Une fois n’est pas coutume, nous pourrions d’ailleurs être aidés par nos autorités, si elles venaient à exiger, comme cela est le cas dans la plupart des pays européens, que les GFI étrangers disposent d’un bureau avec de la substance en Suisse s’ils gèrent des comptes en Suisse.

PdM : Enfin, comment voyez-vous l’évolution du secteur de la gestion de fortune indépendante à l’horizon des prochaines cinq années, et quels modèles d’affaires, selon vous, les GFI devraient-ils adopter en priorité pour assumer la pérennité de ce secteur ?

P-N.F. : La gestion de fortune indépendante va certainement poursuivre et accélérer son évolution, même si peut-être dans une moindre mesure que les banques. Parmi les changements les plus importants se trouvent la Fintech, la Blockchain et les crypto-monnaies. J’ose imaginer un monde dans lequel les acteurs de la finance mondiale agiront en symbiose mais de façon plus indépendante qu’aujourd’hui. Grâce à la Blockchain, nous pourrions voir des banques purement dépositaires, des administrateurs, des avocats, des brokers, des conseillers et des gestionnaires agir tous de façon indépendante mais complémentaire. A mes yeux, nous sommes en train d’assister à une implosion du système financier et surtout du modèle classique de la banque universelle comme nous le connaissons aujourd’hui, un supermarché de la finance où tout est offert sous le même toit et la même enseigne avec les avantages et – surtout – les inconvénients que cela représente. De nouveaux acteurs offrant des services administratifs variés pourraient voir le jour et se connecter électroniquement les uns aux autres pour offrir des solutions malléables à l’infini. Dans ce contexte, je vois les gestionnaires comme des conseillers qui utiliseront ces nombreux modules, qu’ils assembleront afin de se doter d’outils toujours plus performants, permettant d’offrir à leurs clients, qui seront de plus en plus exigeants et éphémères, des prestations toujours plus variées et sur mesure, avec une limitation importante des risques. Cet environnement devrait prendre un peu plus de cinq ans à émerger. En attendant, les gestionnaires doivent pouvoir rester flexibles et devraient soit se doter d’outils performants qu’ils peuvent mettre en place et payer eux-mêmes, soit obtenir à travers des plateformes telles que SEQUOIA des solutions autant, voire plus efficaces. Les petits GFI, dont la masse sous gestion est inférieure à CHF 250 mio, auront beaucoup de mal à survivre dans les prochaines années s’ils s’évertuent à vouloir rester indépendants comme aujourd’hui ; ils devront soit rejoindre une banque, soit fusionner avec un ou plusieurs autres GFI, soit adhérer à une plateforme telle que SEQUOIA.

Merci, Monsieur Formigé, et félicitations pour votre idée d’encadrer vos collègues gérants de fortune indépendants.

Pierre-Noël Formigé a été prédestiné, semble-t-il, à une carrière d’entrepreneur de la finance. Il est un entrepreneur qui s’appuie sur l’esprit du temps et qui saisit les opportunités que le monde lui offre. Son arrière-grand-père était architecte en chef de la ville de Paris, et collabora notamment avec Gustave Eiffel, célèbre promoteur de la tour du même nom. Sa mère, issue d’une grande famille genevoise, incarnait quant à elle l’esprit libéral basé sur la responsabilité individuelle. C’est dans ce même esprit que Pierre-Noël Formigé a passé sa jeunesse dans la ville à la pointe du Léman, entre l’esprit cartésien de France et l’esprit entrepreneurial d’Helvétie. Sa première intention eût été d’étudier à HEC Lausanne ; toutefois, d’autres courants extraprofessionnels l’ont dirigé vers la capitale britannique où il a suivi le programme de la célèbre London School of Economics, entre 1990 et 1994.

En jeune professionnel dans le hub mondial de la finance, il a fait ses premières armes comme analyste chez Merryll Lynch à Londres et à New York, pour finalement regagner Genève, la ville de son enfance, en tant que Private Banker chez Coutts Bank. A peine âgé de 29 ans, il devint directeur de GEDEFI Asset Management SA, et rapidement entra dans le capital de la société. Entrepreneur dans l’âme, à 32 ans, il racheta en 2002 GEDEFI Asset Management SA dont il fera, sous le nom de SEQUOIA Asset Management SA, la base de son activité professionnelle. En 2009, il renforça son organisation en créant SEQUOIA Wealth Management SA et, deux ans plus tard, il valorisa son expérience dans le cadre de la constitution de WEALTHINGS SA, tout en consolidant ses trois entités sous l’égide de SEQUOIA Group SA.