Point de Mire

Olivier Collombin
Serial Fintech Entrepreneur
Community Factory, monfric.ch, Money-ID, Workcocoon

OC2016

E-Merging :

Changement de décor et nouveaux défis

Voilà juste un an, Olivier Collombin décidait d’enlever son costume de banquier privé afin de replacer dans un nouveau décor et sur une base indépendante sa plateforme E-Merging qu’il avait créée, en mars 2009, dans le cadre de son employeur. Cette plateforme innovante, destinée au départ à établir des liens au sein de la communauté suisse des gérants de fortune indépendants (GFI) dans l’optique notamment de faciliter les rapprochements et fusions dans un secteur qui se trouvait alors juste à l’aube d’une phase de profonde mutation, s’est ouverte au fil du temps à d’autres acteurs financiers pour devenir le réseau social incontournable destiné aux professionnels indépendants de la finance du monde entier. Quelque 18’000 experts financiers employés par 1000 sociétés, des quatre coins du monde, s’en servent aujourd’hui pour trouver des opportunités, leurs cibles et de nouveaux partenaires.

« Avec E-Merging la révolution est en marche », écrivions-nous en été 2014 dans Point de Mire qui, dès le début, a suivi de près cette formidable aventure. Olivier Collombin était alors Capital Partner chez Lombard Odier et responsable du département des Gérants Indépendants de ce fleuron de la banque privée genevoise, où il était en poste depuis plus de vingt ans. En optant l’an passé pour l’indépendance et celle de sa plateforme, Olivier Collombin entend contribuer à renforcer l’activité financière digitale convaincu qu’il est que le monde de la finance et du travail en général, se trouve à l’entame de nouveaux bouleversements majeurs. Entrepreneur et innovateur né, le créateur d’E-Merging a ressemblé autour de lui, dans le cadre de « Community Factory », un bureau d’étude et de conseils en stratégies digitales qu’il a créé également l’an passé, une communauté de jeunes créatifs issus de la finance, passionnés par les technologies nouvelles, pour mener à bien une série de projets imaginés depuis plusieurs années.

Aujourd’hui, et depuis son indépendance, E-Merging est devenu un média autant qu’un réseau social. Pour un nombre croissant de ses acteurs et adhérents, il a changé la manière de travailler et d’aborder la finance. Le partage du lieu de travail, une coopération inter-entreprise active préfigurent les promesses de l’avènement du fintech et de la quatrième révolution industrielle. Comment Olivier Collombin voit-il cette première année d’indépendance, comment verra-t-il le demain d’E-Merging et l’évolution de ses nouvelles idées ? Ce sont les questions que nous lui avons posées lors de notre récente rencontre dans son nouvel espace de travail et de réflexion genevois de Carouge.

Entretien

Propos recueillis pour Point de Mire

Par Jean-Pierre Michellod

 1. Point de Mire : Comment la plateforme E-Merging a-t-elle évolué depuis votre départ de chez Lombard Odier ? Comment la transition s’est-elle effectuée ? Est-ce rapidement ou depuis longtemps que vous aviez pris cette décision fondamentale ?

Olivier Collombin : La décision de dissocier E-Merging de Lombard Odier s’est faite de façon assez naturelle. Prise au début 2015, elle a été effective au 30 juin de cette même année. Je précise que la séparation s’est faite d’un commun accord avec les associés de la banque. De mon côté, c’était pourtant un objectif que je m’étais fixé depuis au moins deux ans. Dès la première formulation de mon projet, mon idée avait toujours été de pouvoir donner un jour une véritable autonomie à E-Merging dont le but initial visait à offrir un système d’encadrement et de soutien aux gérants de fortune indépendants (GFI). Au sein de la banque mon souci premier était d’accélérer les processus de digitalisation. Or, pendant l’année 2014, avant que je prenne la décisiond’opter pour l’indépendance, il m’est apparu que le rythme auquel j’avais envie d’avancer n’était pas le même que celui de mon employeur. Dès lors, plutôt que d’entrer en conflit interne sur le tempo à adopter, incompatible avec mon calendrier, j’ai choisi de sortir, une sortie douce, accompagnée d’un spin-off d’E-Merging. Par ailleurs, je tenais absolument à mes autres projets que j’avais du reste expliqué à la Banque. Songer à séparer la structure de E-Merging de la banque n’était de ce fait une surprise pour personne. Lombard Odier en tant qu’incubateur initial du projet, a agit en pionnier et c’est remarquable.

2. PdM : La structure générale d’E-Merging, est-elle restée plus ou moins la même ?

O.C. : Aujourd’hui E-Merging est une société entièrement indépendante détenue par ses principaux animateurs. Je suis sorti le 30 juin et pendant 3 mois nous avons préparé le redémarrage en société indépendante. Le 30 septembre, à minuit, nous avons déconnecté E-Merging de Lombard Odier pour reconnecter immédiatement la plateforme sur le data center de Monaco Télécom pour le compte de la société E-Merging, qui a été constituée et basée à Monaco. La nouvelle entité est donc de droit monégasque. Auparavant E-Merging était une prestation gratuite à disposition des tiers gérants de Lombard Odier. Ce n’était donc pas une entité juridique en soi, ni un centre de profits pour la banque, mais un outil de marketing utilisé par son département des gérants externes. Donc, à compter du 1er octobre 2015, nous avons créé une nouvelle structure juridique.

L’essentiel de l’équipe avec laquelle j’ai conçu le projet, une équipe de 7 personnes, m’a suivi et a pris un risque considérable. Plusieurs de celles-ci ont en effet donné leur congé alors que la nouvelle structure n’était pas encore créée. D’autres nous ont rejoints par la suite de sorte que nous sommes actuellement une équipe de onze personnes.

3. PdM : Est-ce qu’il y a eu des conflits d’intérêt. Si oui, lesquels et où en êtes-vous aujourd’hui ?

O.C. : Une difficulté imprévue pour notre nouvelle entité, au lendemain de sa sortie de la banque, a été de devoir reconstituer le réseau des partenaires payants. Dès lors, le 1er octobre 2015, nous sommes vraiment repartis sur une base de revenu zéro. Il a fallu, dans l’urgence, reconstituer une communauté de partenaires, ce qui ne fut pas une mince affaire. Mais comme anticipé, l’indépendance nous a ouvert de nouvelles portes, de nouveaux marchés.

4. PdM : Sinon, quels autres points significatifs et quels sont vos premiers résultats avec la nouvelle structure ?

O.C. : Aujourd’hui nous avons largement dépassé le chiffre d’affaires de 2015 et le break-even est proche.

Les offres annuelles s’échelonnent de EUR 1000 à EUR 100’000 et dépendent de l’intensité de la visibilité sur la plateforme.

5. PdM : La difficulté du temps de Lombard Odier était d’y faire adhérer d’autres partenaires bancaires ? Qu’en est-il aujourd’hui ? Quid de votre ancienne banque ?

O.C. : La totale indépendance d’E-Merging nous a permis d’évoluer sensiblement, notamment par rapport à son ouverture aux acteurs bancaires d’une part et à la possibilité, d’autre part, de pouvoir créer un lien avec des clients finaux. C’est là un très grand bond en avant qu’il aurait été impossible de faire si la plate-forme E-Merging était resté liée à Lombard Odier. Pouvoir entrer en contact direct avec les clients finaux ouvre la porte à toutes sortes de possibilités nouvelles. Dans ce contexte la banque Lombard Odier reste l’un de nos partenaires au même titre que Bordier & Cie ou d’autres en cours de signature. Cependant, aucune n’a de participation au capital d’E-Merging.

6. PdM : Qu’en est-il de vos projets et développements à l’international ?

O.C. : L’ouverture aux banques est en train de se faire, non seulement sur le marché suisse mais également en Europe et en Asie où le potentiel est très grand.Nous étions récemment à Hong Kong et à Singapour où nous avons présenté nos projets. Nous sommes en train de sélectionner des partenaires locaux qui représenteront E-merging et ses offres périphériques.

7. PdM : Vous faites allusion à vos autres projets menés simultanément avec E-Merging, notamment à « monfric.ch » que vous entendez décliner en dehors de Suisse. Peut-on en savoir plus ?

O.C. : En fait E-Merging se positionne comme une communauté professionnelle regroupant des intérêts communs. Elle entend en outre répondre à des besoins régulièrement soulevés par ses membres. Il convient notamment de trouver une réponse à 2 difficultés majeures : 1. Comment aider les membres à trouver de nouveaux clients ? 2. Et comment faciliter le processus de « on boarding ».

L’application « monfric.ch » est une réponse au problème No1 et Money-ID au problème No2.

8. PdM : Pourquoi avoir choisi ce nom, « monfric.ch » et son côté un peu provocateur ? Qu’elle en est l’idée de base et comment allez-vous la mettre en œuvre ?

O.C. : L’application « monfric.ch » a été lancée en ce début d’année par la société Community Factory basée à Genève qui s’occupe, pour E-Merging, de la maintenance et du développement de ses solutions informatiques. Community Factory vend notamment des réseaux sociaux en marque-blanche. C’est elle qui a développé le concept de « monfric.ch » qui est une plateforme d’offres pour les particuliers. Il s’agit en quelque sorte d’un concept complémentaire à celui de E-Merging. Autrement dit, E-Merging est une entité juridique établie tandis que « monfric.ch » est une application qui appartient à Community Factory, qui figure donc à son actif.

« Monfric.ch » est une plateforme d’appels d’offres pour des clients privés qui cherchent des prestataires. Celui qui entend obtenir des offres de gestion de fortune peut choisir celle qui lui plaît le mieux. Les montants pour lesquels des appels d’offres ont été reçus vont de CHF 20’000 jusqu’à CHF 15 millions. Jusqu’à maintenant une centaine de demandes pour un total de CHF 120’000’000 ont été récoltées et ce, pratiquement, sans publicité. Mais comme partout, la meilleure publicité est celle de l’utilisateur satisfait qui recommande la plateforme à d’autres. Ce sont des vraies demandes, de vrais clients qui ont de vrais besoins. Ils ont tous été contactés individuellement et contrôlés par nos soins.

Le principe est simple. Le client commence par indiquer la taille de son portefeuille, il peut ensuite préciser quelle est sa tolérance au risque et combien de devis il souhaite recevoir. Trois minutes suffisent pour remplir la demande. Les institutions sollicitées doivent y répondre en moins de 5 jours ouvrables. Pour bénéficier de ce droit il faut être membre de E-Merging et payer une cotisation mensuelle de CHF 49.– pour avoir accès aux demandes allant jusqu’à CHF 1 million, ou respectivement de CHF 99.– pour un accès sans limites. Banques et GFI sont les principaux intervenants, quant aux robo-advisors ils conviennent surtout aux placements jusqu’ à CHF 250’000.

Community Factory n’opère aucun choix en matières d’investissements ou de gestion financière. La prestation consiste à relier une demande et une offre.

Pour le moment ce premier pas se limite au territoire helvétique. Il met en contact des clients suisses et des prestataires suisses.

Pour démarrer nous souhaitons éviter les problèmes transfrontaliers. Mais, comme déjà relevé, nous sommes en train d’ouvrir « monfric.ch » à d’autres régions du monde.

9. PdM : On peut dire qu’avec E-Merging vous avez mis sur pied le premier réseau mondial d’experts financiers.

O.C. : Certainement, dans ce domaine, il s’agit du réseau le plus important et le plus abouti que je connaisse. Maintenant il y a toujours des points faibles, notamment un dû à notre histoire : nous ne sommes pas présents sur le marché US. Nous pensons nous y déployer au travers d’une structure séparée du reste. Mais nous n’avons rien décidé encore. Sur le territoire européen, Royaume-Uni compris, de même que sur le continent asiatique, il n’y a en revanche pas d’équivalent. Nous avons quelque CHF 400 milliards sous gouverne de E-Merging, pour le compte de 1120 sociétés membres, autrement dit des décideurs qui emploient quelque 18’000 collaborateurs. Il est à noter que dès cet été 2016, le réseau va être justement ouvert à ses collaborateurs, ce qui est très important.

9. PdM : Comment voyez-vous l’avenir de la banque et de la finance à l’heure surtout du « Fintech » ?

O.C. : A l’horizon de 10 ans, je prévois que l’ensemble des process bancaires auront été digitalisés. Quant au rapport banquier-Clients, s’il existe encore, passera par la création de réseaux sociaux privés, gérés par les banques elles-mêmes.

10. PdM : Qu’en est-il de votre propre dispositif ?

O.C. : Mes activités se répartissent entre Monaco et la Suisse. A Genève, nous avons Community Factory, qui fait office de laboratoire R&D (E-moovie.com, monfric.ch, réseaux sociaux privés, etc.), tandis qu’à Monaco nous administrons et commercialisons Money-ID, Workcocoon et E-Merging. Mon idée, et celle de mes partenaires, est d’assembler ces différents concepts de sorte à les interconnecter et ce, pour aborder l’ère de la 4e révolution industrielle.

Olivier Collombin

Depuis août 2015: Fondateur de MyFintechAdvisors, Work Cocoon, CommunityFactory et Money-ID, Co-Fondateur de :  E-Moovie.com

2002 – juin 2015: Lombard Odier & Cie, Genève, Banque Privée, Associé Capital Partner

2010: Co-Fondateur et Vice Président de Cité Gestion SA, Genève, négociant en valeurs mobilières (Groupe Lombard Odier)

2009: Fondateur du réseau social professionnel E-Merging.com

2008: Membre de l’Advisory Board de la CIFA (Convention of Independent Financial Advisors)

1992 – 2002: Darier Hentsch & Cie, banque privée, responsable Gérants Indépendants et Family Offices

1987 – 1992: Hentsch & Cie, Genève, Banque Privée, responsable des Gérants de fortune Indépendants

1982 – 1987: Crédit Suisse, Genève et stages en Allemagne et USA, credits commerciaux et gestion institutionnelle

1987: Maturité Commerciale de l’Ecole Supérieure de Commerce, Saint-Jean, Genève