Point de Mire

Fabian WALLMEIER
Responsable de la clientèle institutionnelle suisse


François NOTE
Directeur Général
Capital International Sàrl,
Genève

Des convictions d’investissement fortes et un engagement dans la durée se traduisent à long terme par des résultats supérieurs à la moyenne

IMG_2392Interview pour Point de Mire, réalisée par Jean-Pierre Michellod

« Le placement performant », nombre d’experts et le grand public l’associent trop souvent à la réalisation d’opérations financières multiples et répétitives dictées par la frénésie de réaliser des bénéfices rapides sur le court terme. Baser une stratégie d’investissements sur les seules valeurs financières d’une entreprise – des chiffres que l’on peut pousser par toutes sortes d’artifices, notamment en licenciant du personnel ou en réduisant les frais de recherche et de développement – c’est là une approche suivie par de nombreux investisseurs et par leurs conseillers financiers. Or, et les faits l’ont démontré maintes fois, une telle attitude bien souvent freine les chances des entreprises de rester compétitives sur le long terme réduisant d’autant les perspectives, pour l’investisseur, de réaliser une plus value correcte sur ses placements financiers. La crise financière de 2007 et la débâcle boursière qui s’en est suivie a provoqué, certes, un certain revirement au sein des banques de gestion et dans le monde des conseillers financiers. Néanmoins, l’optimisation sur le court terme de la « shareholder value » demeure encore trop souvent le seul critère de décision pris en compte, le seul retenu pour juger du succès d’un gérant de portefeuille ou d’une institution financière spécialisée dans la gestion d’actifs.

Cette approche diffère de celle de Capital Group. La compagnie s’est toujours attachée à offrir des résultats solides et réguliers sur le long terme aux investisseurs toujours plus nombreux qui lui font confiance. La philosophie de ce groupe est restée la même depuis sa création en 1931, en Californie, par Jonathan Bell Lovelace (1895-1979). Préserver le capital de ses investisseurs a toujours été au cœur de l’approche du gérant. Ses décisions d’investissement, ses engagements financiers stratégiques se prennent en fonction de « convictions fortes » : celles de ses analystes et de ses gérants dont l’approche est sectorielle et mondiale. Ces derniers fondent leurs décisions d’investissement sur les performances réelles d’une entreprise, sur son degré d’innovation et surtout sur la qualité et la motivation de ses équipes et de leur direction. Ce sont ces critères combinés, à considérer sur un laps de temps de plusieurs années, qui assurent la rentabilité à long terme d’une entreprise et, partant de meilleurs résultats d’investissement. Capital Group montre la pertinence de cette approche en Suisse depuis l’ouverture à Genève, en 1962, de son premier bureau européen, qui plus est, sa première présence établie en dehors des Etats-Unis.

Aujourd’hui les avoirs en gestion confiés à Capital Group s’élèvent à environ 1400 milliards de dollars ; ils sont pris en charge par quelque 7000 employés sur 23 sites répartis dans le monde entier. Capital Group est l’un des trois plus importants gérants actifs au monde. La société s’adresse aujourd’hui tant à une clientèle individuelle qu’institutionnelle et propose des fonds de placement et mandats d’investissement dont la gestion est basée exclusivement sur sa propre recherche. En 1969, le groupe a développé les indices Capital International Perspective, qui deviendront plus tard les indices MSCI. Il a aussi été pionnier dans les marchés émergents en lançant le premier fonds global au monde sur les actions marchés émergents en 1986 et plus récemment un fonds multi-asset ETOP (Emerging Markets Total Opportunity) en 2006.

Présent en Suisse depuis plus de 50 ans, Capital Group est, par le biais de sa filiale Capital International Sàrl, soumis directement à la surveillance de la FINMA.

Cent cinquante collaborateurs sont répartis sur deux sites à Genève : une trentaine dans les bureaux du quai des Bergues, qui regroupent les professionnels d’investissement, de développement de la clientèle, ainsi que le département juridique & conformité, et plus d’une centaine près de l’aéroport, qui comporte les équipes administratives et le back-office opérationnel des fonds luxembourgeois de l’entreprise. En 2015, Capital Group ouvre un troisième bureau en Suisse à Zurich.

Pour en savoir d’avantage nous avons rencontré, à Zurich et à Genève, Fabian Wallmeier, Responsable de la clientèle Institutionnelle suisse et François Note, Directeur Général de l’entité helvétique, qui ont bien voulu répondre à nos questions.

Entretien

Point de Mire : Capital Group est installé depuis plus de 50 ans sur le marché suisse, à Genève pour être exact. Quel est l’apport général du marché suisse à ses opérations mondiales ?

Francois Note : Ouvert en 1962, premier bureau du groupe Capital à l’étranger, Genève a constitué la plate-forme de développement des autres implantations internationales. Son rôle principal, qui reste central aujourd’hui encore, était celui d’un bureau de recherche destinée à l’investissement, créé à l’origine pour observer et comprendre les activités des multinationales américaines en Europe.

En 1969, le bureau de Genève élabore ce qui deviendra l’indice Morgan Stanley Capital International (MSCI) –initialement bâti comme outil interne de support pour notre investissement à l’échelle mondiale. Aujourd’hui le regard mondial que nous portons aux sociétés est encore plus d’actualité et reste un des piliers central de notre approche d’investissement. Nos professionnels de l’investissement, établis en réseau (dont un bon nombre est basé à Genève), effectuent plus de 1000 voyages de recherche à travers le monde chaque année, ce qui leur permet une analyse des sociétés la plus complète possible. Grâce à notre réseau d’analystes, nous sommes en mesure d’étudier les sociétés dans la plupart des pays où elles interviennent. C’est avec cette ambition en tête que nous avons créé ces indices mondiaux.* *(qui aujourd’hui appartiennent à MSCI Inc.)

PdM : Bien que membre depuis 2008 de l’Association des banques étrangères en Suisse, vous êtes par tradition un gestionnaire de portefeuilles. Comment avez-vous vécu l’évolution de la place financière helvétique au travers de cette longue période de temps ?

F. N. : La gestion d‘actifs de fonds de placements et de portefeuilles institutionnels est en effet notre unique activité. Nous sommes une société privée détenue par ses employés et forte d’un bilan solide. Cela nous permet de prendre des décisions dans une perspective à long terme et d’élaborer nos stratégies d’investissement dans une démarche de durabilité.

Nous faisons partie de la SFAMA (Swiss Funds and Asset Management Association). Nous sommes un gérant d’actifs indépendant, ni affilié à une banque ou à une assurance. Notre seul métier est la gestion d’actifs pour nos clients institutionnels et nos fonds de placements. Nous ne fournissons pas de services de gestion de patrimoine directe, même si des parts de nos fonds de placements sont aussi détenus dans les portefeuilles gérés par des banquiers privés et des gérants indépendants.

Depuis 10 ans la pression concurrentielle s’est considérablement accrue en particulier dans le secteur de la gestion de fortune institutionnelle : l’arrivée de nombreux établissements internationaux a conduit à une explosion de l’offre, mais également à une réduction des marges. L’essor de la gestion passive a transformé une partie du marché en commodity, les solutions sont devenues interchangeables. Grâce à son envergure internationale et ses 50 ans de présence en Suisse, Capital Group demeure compétitif sur ce marché. Nos solutions d’investissement délivrent depuis plus de 30 ans à nos clients suisses des résultats solides et réguliers sur le long terme. PdM : Quelles sont, d’après-vous, les forces et faiblesses, risques et opportunités de la place financière helvétique et plus particulièrement celle de Genève en ce printemps 2016 ?

F. N. : La place financière Suisse vient de terminer une adaptation rapide et profonde dans la banque et la gestion de fortune. Même après l’échange automatique, la stabilité politique et monétaire, le professionnalisme et la rigueur représentent à notre avis des facteurs-clés de compétitivité.

Mais la place financière s’ouvre aussi à l’idée d’une plus grande diversité de métiers. Ainsi l’initiative de Swissbanking et de la SFAMA pour développer l’asset management dans ce pays a ouvert la voie, même si toute évolution significative prendra du temps. En tant que gérant d’actifs indépendant depuis plus de huit décennies, nous sommes convaincus de la validité de ce modèle pour l’avenir.

Plus de cinquante ans après l’ouverture de notre bureau, Genève demeure pour Capital Group une localisation très attractive : les infrastructures telles que l’aéroport et la gare se sont bien développées, et nous avons accès à une main d’œuvre locale et internationale très qualifiée: nos bureaux à Genève comptent 28 nationalités. Bien sûr le franc fort a temporairement renchéri nos coûts par rapport à d’autres implantations du groupe, mais c’est un défi que nous affrontons grâce à la qualité de nos services et l’adaptabilité de nos équipes.

PdM : A quel type d’investisseurs institutionnels vous adressez-vous et comment vos produits se distinguent-ils de ceux des concurrents dans leur catégorie ?

Fabian Wallmeier : Nous nous adressons principalement aux caisses de pension, aux fondations et autres institutions de type family offices, assurances et autres investisseurs institutionnels.

Nos décisions s’inscrivent dans une perspective à long terme, ce qui permet à nos objectifs d’être alignés avec les intérêts de nos clients. Notre but unique consiste à générer des résultats de gestion supérieurs à long terme. Pour cela nos gérants sont rémunérés en fonction de leurs résultats et non sur la base des actifs qu’ils gèrent. Ensemble, les associés gérants de Capital Group sont des investisseurs significatifs dans les solutions d’investissement qu’ils gèrent.

Depuis des décennies et au travers des nombreux aléas conjoncturels que les marchés ont connus, la gestion active de Capital Group a démontré qu’elle pouvait constituer une bonne alternative par rapport à une gestion passive ou indicielle. Nous sommes convaincus que notre approche d’investissement pérenne et l’utilisation du système de gestion The Capital System permettent de produire de bonnes solutions de gestion pour les investisseurs.

Nos stratégies visent à générer des rendements à long terme, combinant appréciation et revenus du capital, en utilisant une approche active de sélection de valeurs mobilières des différentes régions du monde. Forts de plus de 80 ans d’histoire, nous avons une longue expérience de l’investissement à l’échelle globale. Nous proposons également des stratégies qui visent à produire une volatilité moindre en investissant dans certains types de titres. Nous avons été par exemple le premier investisseur à créer un processus de gestion multi-asset sur les marchés émergents. Capital Group gère également des mandats d’obligation à haut rendement aux Etats-Unis depuis 1986. Nous avons par ailleurs été actifs sur le marché de la dette émergente depuis les années 90.

PdM : Qui dit placement dit gestion du risque. Quelle est votre approche par rapport à vos produits, vos partenaires et vos clients ?

F. W. : Avec notre système modulaire, The Capital System, nos gérants peuvent agir d’après leurs plus fortes convictions, tout en limitant les risques associés aux prises de décisions isolées. Chaque portefeuille est divisé en segments gérés de manière indépendante par des professionnels de l’investissement d’horizons et d’âges différents, adoptant des approches d’investissement variées. Les changements de gérant n’entravent ainsi pas la continuité de la gestion, ni la philosophie de la stratégie. Enfin, nous pouvons gérer efficacement les collectes et les sorties de fonds en élargissant ou réduisant les équipes selon le volume d’actifs sous gestion.

Dans le cadre d’une stratégie, certains de nos gérants peuvent adopter une opinion mesurée du risque concernant les actifs qu’ils gèrent. D’autres peuvent avoir des portefeuilles plus concentrés, qui impliquent un risque supérieur à ce qu’un « star manager » unique pourrait faire s’il travaillait seul et s’il était donc responsable de l’intégralité du risque en portefeuille. L’intérêt de ce système est que pris dans son ensemble, le portefeuille est constitué de plusieurs positions de forte conviction, avec des styles d’investissement différents, qui par ailleurs contribuent en principe à limiter la volatilité. Bien entendu, des contrôles sont en place pour éviter toute concentration fortuite du risque, aussi bien au niveau des positions individuelles que de manière globale. Un gérant coordinateur nommé pour chaque mandat ainsi que les Comités d’investissements suivent également ces aspects du risque.

PdM : Comment vivez-vous la discussion sur les deux nouvelles lois sur les établissements financiers (LEFin) et celle sur les services financiers (LSFin) ?

F. N. : Nous suivons activement l’évolution de ces projets de loi qui nous impacterons directement. Nous avons participé activement dans les phases consultatives des projets de ces lois en soumettant nos commentaires par le biais de la SFAMA. Les projets actuels des deux nouvelles lois vont dans le bon sens à notre avis et répondent globalement tant aux besoins de nos clients qu’à nos activités. Par ailleurs, il nous semble que de soumettre tous les acteurs du secteur financier à une forme de surveillance ne peut, à terme, qu’être bénéfique à la place financière Suisse dans son ensemble. Nous continuons de suivre les débats et nous impliquerons si nous l’estimons nécessaire.

PdM : Enfin, on vit une période de changements à peu près partout. Quel type d’entreprise et quelles poussées technologiques seront susceptibles de rejoindre vos portefeuilles ces prochaines années ?

F. W. : Capital Group dispose des moyens nécessaires pour déceler la faculté d’adaptation des sociétés. Les multiples points de comparaison découlant de notre réseau de recherche mondialement intégré nous permettent de détecter les mutations qui se dessinent au sein d’un secteur.

Par exemple, dans le cadre de notre stratégie en actions globales New Perspective (lancée en octobre 2015 en tant qu’OPCVM mais existant sur le marché américain depuis 1973 et qui a généré 13,1 %1 par an, contre 8,3 %2 par an pour le MSCI ACWI) nous avons décelé des opportunités d’investissement durables dans les secteurs biotechnologique et pharmaceutique. Dans le secteur des technologies, nous pensons qu’une consolidation est à l’œuvre parmi les fabricants de matériel informatique et de semi-conducteurs.

Sur le plan géographique, la stratégie New Perspective est exposée principalement au marché américain, sur lequel nous trouvons actuellement de nombreuses idées d’investissement prometteuses. Cela étant dit, 30% des revenus des sociétés en portefeuille proviennent de titres cotés sur les marchés développés, mais qui réalisent la majeure partie de leur activité sur les marchés émergents, avec des perspectives d’accroissement futur des revenus. Ces compagnies bénéficient des normes de gouvernance requises sur les marchés développés.

Notes

1 Performance en dollar US au 31 décembre 2015. Les performances annualisées indiquées ci-dessus du Composite Capital Group New Perspective sont pondérées selon l’actif et fondées sur les pondérations et performances mensuelles initiales, avant imputation des frais de gestion. Date de lancement du fonds composite : 31 mars 1973. Source : Capital Group. Ces informations dépassent les exigences ou recommandations de présentation et publication des performances prévues dans les normes GIPS® qui, si elles ne figurent pas dans le présent document, sont disponibles sur demande. GIPS est une marque déposée du CFA Institute.

2 Indice MSCI All Country World (dividendes nets réinvestis) depuis le 30 septembre 2011. Avant cette date : MSCI World (dividendes nets réinvestis). Source : MSCI

 

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