Point de Mire

Prévoyance 2020 : un compromis risqué

Pasquale Zarra 900Paquale Zarra, Directeur, PensExpert SA, Lausanne,

Juillet 2017:

Titulaire du Diplôme fédéral de gérant de caisse de pension, Pasquale Zarra est responsable du développement du marché suisse romand pour la Maison lucernoise PensExpert SA dont il est associé et, depuis 2010, Directeur de sa succursale lausannoise. Créée à Lucerne en mai 2000, PensExpert SA propose, depuis bientôt douze ans, des solutions innovantes en matière de prévoyance professionnelle en ce qui concerne la partie surobligatoire du 2e pilier et la prestation de libre passage.
Compromis typiquement helvétique, c’est donc un bonus de 70 francs alloué aux nouveaux rentiers de l’AVS – préféré par 14 voix contre 12 en conférence de conciliation entre les deux chambres du Parlement – qui a permis au paquet de réformes des retraites Prévoyance 2020 de passer la rampe du Parlement. Ce supplément, qui était en fait l’idée prônée par le Conseil des Etats, est censé compenser la baisse du taux de conversion du 2e pilier de 6,8% à 6%. Si le Conseil fédéral peut se réjouir qu’une solution ait été trouvée, sa joie risque néanmoins d’être de courte durée. Car il s’agira désormais de convaincre le peuple de trancher en sa faveur lors des votations du 24 septembre.

Et la partie est loin d’être gagnée. Deux bonnes questions suffisent pour s’en rendre compte. Première question : qui bénéficiera de ce bonus ? Les futurs rentiers uniquement. Les actuels, ceux qui ont travaillé toute leur vie et réclament justement une augmentation de leurs rentes, n’en verront pas la couleur. Deuxième question : qui financera cette hausse ? Les actifs, évidemment, en particulier ceux en début de carrière, dont la probabilité d’en profiter un jour semble bien mince, au vu de l’évolution démographique. Conclusion : le Conseil fédéral aura la lourde tâche de persuader les plus mal lotis de l’AVS de voter pour un bonus dont ils ne tireront aucun bénéfice ou qui ne sera qu’un fardeau supplémentaire. Question subsidiaire, qui trouve-t-on justement parmi eux ? Les votants les plus assidus, à savoir les personnes âgées bien sûr !

Le peuple a déjà montré qu’il ne souhaitait plus se sacrifier inutilement pour maintenir à flot un premier pilier vacillant sous le poids démographique. Au contraire, l’avenir incertain montre qu’il serait prêt à tester de nouvelles solutions, plus flexibles et adaptées à notre époque. Pourquoi ne pas en tenir compte ? Des années de débats ont été nécessaires pour élaborer ce paquet de réformes. Une décision d’une seule journée risque de suffire à l’enterrer.