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Note d'humeurMaurice BaudetPsychodrame
Les commissions de gestion du parlement ont remis un rapport de 363 pages sur la conduite de la crise UBS, dont une bonne part n’a pu être rédigée que dans les deux derniers mois avant sa parution, lorsque la menace d’une commission d’enquête parlementaire a enfin délié certaines langues. Il a surpris par sa qualité, et inévitablement provoqué une vague de réactions dans notre petit monde politique. Cela va du raisonnable (Christophe Darbellay rappelant les dirigeants d’UBS au respect de leur devoir moral) au plus cocasse (l’UDC réclamant tous azimuts des têtes, dont celles de trois conseillers fédéraux).
Le rapport met en lumière de nombreux dysfonctionnements à tous les niveaux. Ils ont commencé par d’étranges circuits de l’information : le Crédit Suisse a été mieux informé - et surtout plus tôt - que certains conseillers fédéraux. Les errements se sont poursuivis par des méthodes d’investigation discutables : la FINMA a présenté un rapport d’enquête sur la responsabilité des dirigeants de la banque dans le dossier fiscal américain. Mais elle n’a pas précisé que ce document était trop largement inspiré par un rapport interne de l’UBS. Elle a également omis de vérifier les chiffres d’exposition aux « subprime » fournis par la même banque. Les membres des commissions déplorent enfin la gestion de la crise par une poignée de technocrates, le plus souvent à l’insu du politique.
Dans les semaines qui suivent, ce rapport sera encore disséqué, commenté et soumis à controverse. Il reste à souhaiter qu’il ne demeure pas un exercice alibi, ou, pire, une simple occasion, pour quelques ténors de la politique, de marteler un argumentaire trop rabâché ou de lâcher quelques formules d’autant plus sonores qu’elles sont creuses. La Suisse et sa place financière ont traversé une crise sans précédent. Il s’agit maintenant non seulement de pointer des doigts accusateurs, mais de tirer les enseignements des dysfonctionnements et d’y apporter remède. Il serait navrant que notre pays se contente de se livrer avec délectation à son penchant pour la « Schadenfreude », et que tout cela se résume finalement à un simple psychodrame. |
Note d'humeurMaurice BaudetLes voyous
L'on pensait que le monde bancaire avait touché le fond de l'opprobre avec l'honneur perdu de l'UBS. Mais voilà qu'une autre institution naguère respectable se fait remarquer par une attitude de voyou. Goldman Sachs est en effet au cœur du scandale de la dette publique grecque. La deuxième banque des Etats-Unis a utilisé son indéniable savoir-faire pour aider la Grèce à camoufler l'état lamentable de ses finances sous des montages sophistiqués, et à escamoter des prêts en les faisant passer pour des opérations sur devises.
La crise économique n'aidant pas, les argentiers de l'Union Européenne ont bien fini par s'en apercevoir, et les voila contraints de venir au secours des finances helléniques. Le coût de l'opération, en termes aussi bien d'agitation sociale en Grèce que de déstabilisation de l'Euro, reste encore incertain, mais on peut d'ores et déjà craindre que les traficotages de Goldman Sachs ne relèguent ceux de l'UBS sur les "subprime" au rang de l'amateurisme. De plus, la même banque, ainsi que Morgan Stanley, auraient offert les mêmes montages ingénieux à l'Espagne et au Portugal.
Les CDS (credit default swaps) font à cette occasion reparler d'eux. L'UBS avait fait l'amère expérience de la fragilité de ces dérivés censés garantir des risques de crédit lors de la crise des "subprime". Les marges sur ces mêmes dérivés explosent avec la crise grecque, pour le plus grand bonheur de Goldman Sachs. Pourquoi se gêner ? La banque avait parallèlement parié sur le défaut de ladite dette publique, comme elle l'avait fait à l'époque sur le capotage des "subprime" et celui d'AIG.
Curieusement, les chefs d'état du G 20, Barack Obama en tête, ne semblent guère évoquer à propos des agissements de Goldman Sachs (sauvée in extremis par l'état américain) et de ses compères les indispensables mesures de contrôle et de moralisation du secteur bancaire qu'ils réclamaient si fort il y a peine quelques semaines encore. Comme le disait si joliment une chanson de Philippe Clay : "Laissez passer les voyous, voila les grands voyous". |
Note d'humeurMaurice BaudetUn déficit d'image
La FINMA n'en finit pas d'avoir mal à son image. Sa circulaire sur les rémunérations était fort attendue. Elle n'a guère été saluée dans la presse que par des comptes-rendus plats, ce qui n'est guère surprenant si l'on se rappelle les vagues soulevées lors de la procédure de consultation : de ce sujet de controverse, il ne pouvait résulter qu'un consensus mou.
Le rapport sur la crise et la surveillance des marchés, publié mi-septembre, contenait un long plaidoyer pro-domo, et n'avait pas plus soulevé l'enthousiasme. Trop volontiers porté sur l'auto-justification, il vient toutefois d'avoir un effet boomerang : M. H.-R. Merz a nommé deux experts, Hans Geiger, de l'Université de Zurich, et le Britannique David Green, qui devront se déterminer sur les défaillances de la FINMA dans cette même crise, et en particulier dans l'affaire UBS.
Et c'est dans ces circonstances que notre autorité de surveillance nomme Mark Branson, issu comme son président Eugen Hatliner, du sérail UBS, au poste de directeur de la division banques. Les critiques à propos de la nomination du premier et les doutes au sujet de son indépendance à peine apaisés, le choix du second était-il bien raisonnable, même si M. Branson est un homme qui « connaît le métier » (dixit son président) ?
La crise financière et quelques dizaines de milliards injectés par la Confédération dans le sauvetage de l'UBS ont fait que la FINMA ne saurait travailler dans la discrétion confortable qui était celle de la Commission Fédérale des Banques. Les citoyens helvétiques ont fort bien compris que lesdits milliards constituent une part non négligeable des réserves de notre pays : ils attendent, légitimement, que notre nouvelle autorité de surveillance des marchés financiers assume pleinement son rôle : elle doit donc faire face non seulement à ses tâches techniques, mais aussi accepter le fait que son rôle est, aujourd'hui, tout aussi politique. La FINMA l'apprend cruellement à ses dépens : dans ce monde là, le déficit d'image est nettement moins facilement accepté. |
Note d'humeurMaurice Baudet
Merci, Monsieur le Président
Pierre Mirabaud a quitté à fin septembre sa fonction de Président de l'ASB. En l'acceptant il y a six ans, il savait fort bien qu'elle ne serait pas de tout repos : il s'agit forcément d'un poste exposé, exigeant, dont le titulaire ne doit être avare ni de son temps ni de son talent. Sans doute ne s'attendait-il pas à devoir faire face à la pire période que n'ait jamais traversée notre place financière : de la crise des « subprimes » à la faillite Lehman, de la déconfiture UBS à l'affaire Madoff, pour finir par la mise en pièces du secret bancaire, rien ne lui aura été épargné.
Ces cataclysmes à répétition ont valu à Pierre Mirabaud de devoir s'exposer aux feux de la rampe. En sus des tâches déjà assez lourdes d'une présidence normale, il s'est vu contraint d'apparaître régulièrement dans les médias, et de faire face à leurs questions pas toujours bien intentionnées. Mais le personnage a du style et du caractère, et une solide aversion pour la langue de bois. Il a fait front et ce n'a pas été du goût de tout le monde.
Etait-ce cependant une raison suffisante pour lui valoir les basses attaques dont il a été l'objet, et de laisser accroire qu'il aurait été prié de laisser la place, en raison de déclarations malvenues ? Et la presse de citer, hors contexte et sans analyse, trois petites phrases… Le parler vrai dérange visiblement. Non, Monsieur Mirabaud avait, dès son accession à la présidence, clairement dit qu'il ne resterait pas plus de deux mandats, et il n'a pas été prié de laisser la place à une personnalité « plus consensuelle ». Cette dernière analyse, répétée à l'envi par les médias, est d'autant plus stupide que Patrick Odier, qui a repris le flambeau, n'est pas plus que son prédécesseur un adepte de la langue de bois.
Monsieur le Président, oubliez ces petites phrases bassement assassines, vous savez bien que les milieux financiers ont tiré le vrai bilan de vos six ans de mandat. Laissons donc braire les fâcheux, et permettez-nous de vous adresser un chaleureux Merci, Monsieur le Président.
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Note d'humeurMaurice BaudetSame business, same rules
Les gérants de fortune indépendants, dont on rappellera qu'ils détiennent plus de 15 % du marché de la gestion de fortune privée en Suisse, s'inquiètent naturellement des coups de boutoir portés au secret bancaire. Un quotidien romand annonçait même récemment de manière tonitruante que ces derniers cherchaient désespérément à augmenter leur masse de clientèle, harcelant les éventuels apporteurs d'affaires, en particulier les avocats. Leur problème, martelait le journaliste, est que leur activité repose, beaucoup plus que celle des banques, sur la clientèle étrangère. Cette affirmation n'est étayée par aucune statistique : elle relève de ces hypothèses qui, par la grâce de la chose écrite, sont élevées au rang de certitudes. L'absence de réaction des milieux intéressés dénote assez le peu de crédit dont ils gratifient ce « scoop ».
Revenons aux vrais problèmes : ces mêmes gérants indépendants digèrent de moins en moins, dans les circonstances actuelles, leur isolement au cœur de l'Europe. La libre circulation des services est en effet pour eux un concept abstrait, inapplicable à leur profession : un protectionnisme hermétique leur interdit pratiquement de déployer leur activité hors de nos frontières. Ils enragent à ce propos à un double titre : tout d'abord lorsqu'ils entendent les pays du G20 proclamer que la Suisse jouit, en matière de gestion de capitaux, d'une situation de distorsion de concurrence, et lorsqu'ils apprennent de plus que des gérants allemands, français, anglais, américains ou tous autres concurrents étrangers n'ont aucune entrave pour gérer des capitaux dans des banques helvétiques. Hélas, les accords de réciprocité qui permettent à nos banques d'exporter leur savoir faire ne les concernent pas.
Entre-temps, nos voisins et amis luxembourgeois réagissent sainement en s'attaquant bille en tête au vaste marché de l'Union Européenne. L'on ne saurait les en blâmer. Mais l'on comprendra l'amertume des gérants helvétiques, qui, en dépit de l'importance incontestable prise par leur profession, ne se voient toujours pas appliquer le principe « same business, same risks, same rules. » Peut-on demander à nos autorités et à nos parlementaires, maintenant qu'ils ont fini de se délecter de cassis de Dijon, de s'attaquer à cette fâcheuse exception à la libre circulation des services ?
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Note d'humeurMaurice BaudetCompétences
Les media sont friandes de vedettes, et notre chère télévision romande ne fait pas exception. Dans un microcosme quelque peu restreint, le système du vedettariat peut consister à user jusqu'à la corde, et même à contre-emploi, un cercle fort limité d'individus. C'est le travers dans lequel est tombée une fois de plus l'émission « Infrarouge » consacrée à la crise de l'UBS. Le public, légitimement inquiet, attendait des explications, et l'origine techniquement complexe des problèmes de la première banque helvétique appelait pour le moins des avis autorisés.
Hélas, l'on nous resservit derechef un trio de politiciens vedettes dont les écrans nous ont rendu les visages plus que familiers : le président tout neuf du parti socialiste, Christian Levrat, celui du PDC, Christophe Darbellay, et pour faire bon poids, ou peut-être contrepoids, l'UDC Jean-François Rime, soit un syndicaliste, un vétérinaire et un industriel. Sans douter une seconde de la sincérité de l'engagement de ces trois protagonistes, l'on ne pouvait en attendre un miracle. Il ne pouvait sortir d'un tel exercice qu'un débat confus. Les téléspectateurs eurent donc droit à des empoignades polémiques parfois non dénuées de sottises et de contresens, et à un spectacle abasourdissant, mais bien pauvre en réelle information.
Du haut de leur tour de babils, les responsables de notre télévision ne pourraient-ils pas distinguer, dans un pays reconnu pour ses compétences en matière financière, quelques personnalités susceptibles d'apporter un véritable éclairage sur le monde économique ? Ou devrons-nous décidément nous contenter à ce propos d'ahurissantes prises de bec ou de vulgarisation infantilisante ?
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