Une crise peut en cacher une autre Jean-Pierre MichellodAlors que le gigantesque tumulte provoqué par la crise américaine du crédit immobilier était en train de se tasser et que l’activité dans le monde commençait enfin à donner des signes de reprise, le surendettement de la Grèce et les turbulences concomitantes de l'euro, ont brusquement démontré que la situation économique demeurait fragile. Une crise, en effet, pouvait en cacher une autre. Pouvoirs publics et prévisionnistes officiels semblent à nouveau s'être laissé surprendre. En outre, en dégradant le "rating" des dettes souveraines les plus sensibles, les agences de notation ont contribué à accroître les incertitudes. D'aucuns les accusent de ne pas avoir sérieusement appréhendé les risques qu'elles sont censées prévenir et d'avoir ainsi versé de l'huile sur le feu. Ces interventions maladroites entretiennent aussi la rumeur d'un complot anglo-saxon contre l'Europe.
Du coup, les scénarios optimistes de ce printemps, pour la Suisse comme pour tout l'Occident, pourraient être remis en cause. Si l'OCDE a révisé en hausse ses prévisions de croissance pour 2010, pour les pays de sa zone, en les portant à 2,7 % contre 1,9 % précédemment, l'Organisation de Paris se montre en revanche préoccupée par l'effet négatif que pourraient avoir sur la croissance de l'euro-zone les plans d'austérité annoncés par plusieurs de ses membres européens. En Suisse la reprise est là, toujours portée par les exportations; mais au vu de l'envolée du franc par rapport à la monnaie européenne, on peut se demander si les prévisions très optimistes de la Confédération ne devront pas être revues à la baisse. Divisée entre le risque d'une résurgence de l'inflation et celui plus insidieux d'un plongeon dans la récession, la BNS ne semble plus aussi déterminée à contenir la hausse du franc. A vrai dire les banques centrales sont actuellement toutes préoccupées par le risque d’un complet dérèglement du système financier international et certaines même, par le risque d'un éclatement de la zone euro. Quant aux investisseurs, désemparés devant l'incapacité de la "science économique" à prédire les crises, ils sont en quête de refuges dans des biens plus tangibles, dans des valeurs réelles tels que l'immobilier, les matières premières, l'or, voire même le marché de l'art qui, à nouveau, culmine vers les plus hauts sommets. |