8 septembre 2010

 
 

 

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A la une

Numéro 41 - Eté 2010

Etienne Nagy
Admistrateur et Directeur Général

Naef et Cie SA, Genève

propos recueillis par Jean-Pierre Michellod

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Immobilier romand: des limites à la croissance?

 

Dans leur récente étude «Marché immobilier 2010», les économistes du CREDIT SUISSE le relèvent: «la débâcle des subprimes aux Etats-Unis et la crise financière qu'elle a déclenchée ont frappé le monde, l'année passée, avec une force jusque-là inconnue». En sus des Etats-Unis de nombreux pays ont dû faire face à un profond marasme lequel a été particulièrement prononcé dans le secteur de l'immobilier.

 

La Suisse et son marché immobilier, malgré un net recul de l'activité l'an passé, n'ont finalement été que marginalement touchés par ces turbulences, voire pas du tout. Au 4e trimestre de 2009, le PIB helvétique avait déjà repris sa progression et ce mouvement ascendant s'est poursuivi pendant les premiers mois de 2010 de sorte que notre pays semble être d'ores et déjà sorti de la crise. A la mi-mai dans ses dernières prévisions l'Institut Créa relevait que c'est en Suisse romande et dans l'Arc lémanique surtout que la sortie de crise allait s'opérer avec le plus grand dynamisme et ce, du fait qu'en Romandie l'activité n'avait fléchi que de 0,9% seulement l'an passé alors que le recul avait été de 1,4% pour l'ensemble du pays et de 4,2% en moyenne européenne. Ces pronostics du Centre de recherches économiques appliquées de l'Université de Lausanne sont certes réjouissants, mais avec les problèmes liés à l'endettement de la Grèce et les turbulences de la zone euro, sont-ils encore d'actualité?

Pour sa part, la Banque nationale suisse répète à qui veut l'entendre qu'il y a des risques que des distorsions se produisent sur le marché suisse de l'immobilier en raison de l'octroi de trop grandes facilités de crédit. Une croissance non maîtrisée des crédits pourrait aboutir en effet sur la formation d'une nouvelle bulle immobilière chez nous. Certes, tous les experts de la branche ne sont pas forcément d'accord avec cette vision des choses, mais la mise en garde de la BNS ne doit pas être perdue de vue.

 

«Personne ne peut contester que le meilleur expert en immobilier est un acteur local qui connaît son marché depuis des années, si ce n'est depuis des décennies, qui en maîtrise toutes les spécificités et qui en connaît les moindres recoins».

 

Cette appréciation que faisait dans nos colonnes au printemps 2007 un spécialiste du marché mondial de l'immobilier, s'applique parfaitement à Naef et Cie SA et à son Administrateur et Directeur général, Etienne Nagy. Nous l'avons rencontré au siège du Groupe à Genève et il a bien voulu répondre à nos questions à propos de la situation actuelle de l'immobilier romand.

 

Entretien

 

Point de Mire: Votre Groupe se présente souvent sous le nom de «Naef Immobilier». Pourquoi cette appellation? Quelle est au fond la structure de votre groupe et est-il soumis à une autorité de surveillance?

 

Etienne Nagy: Naef et Cie SA, dont les origines remontent à 1881 et à l'ouverture cette année-là d'un premier bureau d'affaires commerciales à Genève, est aujourd'hui la société-mère de notre Groupe qui comprend toute une série d'autres sociétés axées d'une part sur nos activités principales que sont la gérance et le courtage immobiliers, et d'autre part sur des activités plus spécifiques telles que l'expertise et le conseil en matière immobilière. En fait, nous avons autant de sociétés que nous avons d'implantations géographiques et de produits spécifiques. Nous avons aussi des sociétés françaises liées à notre implantation sur la France voisine. En bref, nous avons deux segments, des activités de base et des activités plus spécifiques, d'où l'appellation générique de Naef Immobilier lorsque l'on se réfère à l'ensemble du Groupe qui s'inscrit aujourd'hui comme le leader des régies immobilières de Suisse romande.

Nos opérations d'achat et de vente d'immeubles se faisant toutes par le truchement d'un notaire, nous n'intervenons que comme intermédiaire et ne sommes dès lors par soumis à la LBA (la loi fédérale sur le blanchiment d'argent). Nous prenons bien garde à ce que les acomptes de réservation ne nous soient jamais versés mais toujours consignés chez un notaire. Nous sommes soumis à un contrôle de nos comptes à travers un label financier mis en place par l'USPI, notre association faîtière. J'ai le statut d'Administrateur et de Directeur général de Naef et Cie SA ainsi que de l'ensemble des autres entités du Groupe.  A ce titre je préside la Direction générale composée donc de moi-même et de deux autres administrateurs, Jean-Paul Bart et Olivier Peyrot qui ont tous deux également une fonction opérationnelle au sein de Naef Immobilier. Alain Peyrot est le Président du Groupe.

 

PdM: Actif pendant longtemps sur le seul marché genevois, Naef Immobilier occupe depuis quelques années une position de leader au niveau de la Suisse Romande. Comment cette évolution s'est-elle faite et quelles en ont été les raisons?

 

E.N.: Depuis sa création en 1881 par Charles Nicole et Ernest Naef, notre société, pendant pratiquement un siècle, a été une entreprise purement genevoise, sous la conduite de la seule famille Naef, Charles Nicole ayant quitté la compagnie quelque dix ans après sa fondation. L'actionnariat s'élargira une première fois avec la fusion, en 1980, de la régie Naef et de la régie Dumur. Il sera fait appel alors à Alain Peyrot, au service jusque là de la banque Pictet, pour reprendre la direction de l'entreprise fusionnée. Une impulsion décisive et une dimension nouvelle seront apportées au Groupe par Alain Peyrot qui pendant longtemps en sera le Président et le Directeur général. Voilà cinq ans, c'est lui qui nous a laissé, à moi et à mes collègues, la Direction générale du Groupe ce qui marquera, simultanément, un nouvel élargissement de son actionnariat.

C'est après un siècle d'activité genevoise que la régie Naef a commencé à s'ouvrir sur l'extérieur. Tout d'abord par deux premières extensions, l'une en France voisine et l'autre à Nyon dans les années 80. Ces cinq dernières années l'expansion s'est poursuivie sur Lausanne et Neuchâtel. Nous venons d'ouvrir un bureau à La Chaux de Fonds et nous étudions d'autres points d'implantation, notamment à Fribourg et sur la Riviera vaudoise.

 

PdM: Est-ce l'étroitesse du marché genevois qui vous a poussé dans cette voie ou simplement le désir de suivre le développement de la région lémanique?

 

E.N.: Ces deux raisons combinées sont à la base de cette expansion. Nous sommes allés chercher de la croissance là où il y en avait, c'est-à-dire dans l'Arc lémanique. Cette région qui s'étire sur toute la côte suisse du Lac Léman a profité en quelque sorte du fait que Genève, en termes d'infrastructure, n'a pas su répondre correctement à la croissance démographique qui s'est présentée à elle. Ce bénéfice dépasse le canton de Vaud et vaut aussi bien pour la France voisine que pour le canton de Neuchâtel. C'est toute la «Métropole Lémanique» et non seulement Genève, son centre névralgique, qui est en fait concernée. Nous n'avons rien fait d'autre que de suivre un mouvement naturel.

 

PdM: Cette croissance comment s'est elle mise en place; provient-elle en fait de toutes vos activités ou avez-vous opté pour des activités bien spécifiques?

 

E.N.: On est parti presque partout de la même manière. Dans un nouveau marché, c'est très souvent une activité de vente que nous initions tout d'abord. Pourquoi? parce que la vente nécessite une infrastructure relativement légère, et très vite au travers de quelques mandats, on arrive à rentabiliser ses investissements; puis cette activité de courtage peut s'adosser rapidement à une activité plus conséquente, plus lourde aussi en terme d'infrastructure: la gérance. Ceci, dans la plupart des cas, par le biais d'achat de portefeuilles ou au travers de réseaux auxquels nous participons.

 

PdM: Il y a peu encore, la crise des crédits engendrée par les Etats-Unis semblait presque finie. Maintenant, avec l'endettement de la Grèce et la chute de l'Euro on repart sur une autre crise. Les prévisionnistes révisent à la baisse leurs pronostics. Comment voyez-vous le marché immobilier romand et suisse dans ce contexte?

 

E.N.: Dans toute entreprise la marche des affaires est très liée à l'environnement économique et a son évolution. Jusqu'ici, nous n'avons que peu senti, voire pas senti du tout, les effets de la crise américaine qui fut, somme toute, relativement courte. Effectivement le marché immobilier suisse s'est quelque peu tétanisé au dernier trimestre 2008. Il y a eu alors une certaine chute des transactions, mais cela n'a pas duré. La réaction rapide des banques centrales et la baisse des taux ont eu un impact positif et immédiat sur le secteur: un nouvel engouement pour la propriété privée s'est emparé des acquéreurs potentiels. Très rapidement le marché immobilier suisse – celui de l'Arc lémanique en particulier- a repris de la couleur

 

PdM: Ce fut un bol d'oxygène mais le risque d'une bulle immobilière ne semble pas écarté?

 

E.N.: De la prudence s'impose, certes. Mais il faut préciser que les banques, en Suisse, sont restées très raisonnables en termes de conditions d'octrois de crédit. Grâce à cette discipline une crise du crédit comme l'ont connu les Etats-Unis, n'est pas imaginable chez nous. Preuve en est, le marché suisse a continué de montrer des signes de croissance, ces 24 derniers mois, alors que les autres marchés immobiliers étaient en déclin. Ceci est assez parlant. En même temps, il faut se rappeler que la croissance des prix immobiliers, sur la décennie passée, a été en Suisse moindre par rapport à celle d'autres places étrangères, comme les marchés anglo-saxons et espagnols surtout. Là, les prix, ont été multipliés par 3, voire par 4 alors que l'immobilier suisse a progressé pendant la même période de 30 à 40%%, peut-être un peu plus sur les bords du Lac de Zurich. Sur l'Arc lémanique en dix ans les prix ont doublé avec un volume de transaction en légère baisse, notamment à Genève où l'on a sensiblement moins construit que dans le reste de la Suisse. Ce recul reste toutefois modéré. Dès lors le risque est très faible de voir se créer une bulle immobilière spéculative.

 

PdM: Ce constat est-il le même pour le secteur résidentiel et pour l'immobilier commercial?

 

E.N.: Nous distinguons deux segments de marchés principaux. Le marché des résidentiels de jouissance qui sont les appartements en PPE et les villas, et l'immobilier de rendement. Dans ce second segment une nouvelle distinction s'opère entre les immeubles résidentiels locatifs et l'immobilier commercial. Globalement, au niveau du volume des transactions, le marché des immeubles de rendement s'est fortement contracté ces derniers mois, mais pour des raisons différentes. Je m'explique:

- Le fléchissement des transactions au niveau du résidentiel de rendement est une conséquence de l'inefficience du marché.  Autrement dit, il n'y a pas assez d'objets proposés à la vente alors qu'en contrepartie existe une compétition relativement aiguë au niveau des acquéreurs, ce qui crée un phénomène de croissance des prix. Pour les investisseurs le taux de rendement a ainsi tendance à diminuer, sur un volume de transactions réduit de surcroît. Ce sont là des raisons structurelles.

- En ce qui concerne l'immobilier commercial on a aussi une contraction du volume, mais les causes n'en sont pas les mêmes. Elles sont de nature conjoncturelle. En 2009, une partie des investisseurs étrangers, par prudence, se sont retirés de ce marché. Il faut se rappeler qu'en 2007-2008 la monnaie unique européenne était alors relativement forte et les taux d'intérêt sur l'euro relativement bas. De par ce double phénomène les investisseurs étrangers venaient massivement sur notre marché pour acheter de l'immobilier qui était relativement bon marché et le payaient avec une monnaie alors plus forte que la nôtre. Ces investisseurs, en raison de la Lex Kohler, ne pouvaient investir que dans l'immobilier commercial. De ce fait celui-ci a connu une certaine forme de poussée inflationniste et effectivement, des corrections de prix ont dû être faites, notamment en 2009 lorsque ces investisseurs étrangers se sont retirés et qu'il y avait ainsi de moins en moins de compétiteurs pour les objets proposés à la vente.

 

PdM: De par la pléthore d'objets commerciaux qui vont être proposés à la vente ne risque-t-on pas d'avoir bientôt un crash sur ce marché?

 

E.N.: La question est pertinente. Il faut savoir que Genève vit avec un taux de vacances au niveau de l'immobilier commercial de l'ordre de 3%, ce qui est très faible. Les autres grandes villes internationales ont des taux de vacances nettement supérieurs, proches des 8%, comme à Zurich où ce taux est d'environ 7%. Dès lors c'est Genève en raison de ce faible taux, qui a été la moins touchée par ces ventes d'étrangers. Zurich, qui a énormément construit, se trouve maintenant avec une très grande quantité de surfaces commerciales vacantes. Il y a donc dans la première ville de Suisse une surcapacité au niveau de l'offre ce qui n'est pas le cas de Genève. En revanche sur l'Arc lémanique, là où les constructions ont été abondantes, il y a certains risques. Dès lors, sur le plan commercial une certaine prudence s'impose.

 

PdM: Qu'en est-il des autres régions, notamment le canton de Neuchâtel où la fiscalité est loin d'être encourageante?

 

E.N.: Il faut distinguer personnes physiques et personnes morales. Certes, au plan de la fiscalité Neuchâtel ne se présente pas comme la place la plus attrayante. Toutefois, pour ceux qui veulent s'installer à Neuchâtel il y a des possibilités de négocier des forfaits fiscaux intéressants. On parle d'un assouplissement de la fiscalité, mais il y a d'autres critères à prendre en compte. Le canton de Neuchâtel forme une très belle région qui bénéficie maintenant d'un réseau autoroutier intéressant. Certes, cette région ne représente pas un pôle économique comparable à l'Arc lémanique. Le littoral neuchâtelois offre pourtant une alternative intéressante pour les entreprises étrangères qui veulent s'installer en Suisse. Il est relativement proche de Lausanne et de son Ecole polytechnique et surtout, les prix de l'immobilier sont tout à fait abordables. Entre Genève et Neuchâtel, pour un bien équivalent, le rapport est de 1 à 3, ce qui n'est pas rien. Les loyers sont du même ordre. Pour une entreprise soucieuse de pouvoir offrir à son personnel des conditions de logement optima c'est là un aspect non négligeable.

 

PdM: A propos de ces flux migratoires, il semble que l'insécurité économique internationale pousse aujourd'hui les multinationales à renforcer leur présence en Suisse; il en va de même des grands gérants de hedge funds. Si cette analyse se concrétise ne va-t-elle pas accentuer encore le déséquilibre entre l'offre et la demande de logements et pousser à la hausse encore les loyers?

 

E.N.: Concernant la hausse des loyers, il faut le souligner, une poussée démographique exceptionnellement forte avec une immigration qui a atteint des niveaux très élevés, notamment sur Vaud et Genève, maintient les pressions haussières sur les loyers. Avec l'arrivée probable de nouveaux hedge funds, ce mouvement ne pourra que s'accentuer.

 

PdM: Quid, si avec la crise de l'euro-zone, ce flux migratoire positif devait

fléchir?

 

E.N.: Bien sûr, on peut se poser ces questions. On avait déjà imaginé un possible retournement de tendance à la fin 2008. En fait, plusieurs pays voisins ayant renforcé encore leur fiscalité ceci a contribué à encourager ces flux migratoires vers la Suisse. Nous restons vigilants. Sur l'Arc lémanique les prix sont à un niveau très élevé. Effectivement il ne faudrait pas qu'un grain de poussière vienne enrayer la machine et que le flux migratoire se renverse. Compte tenu de l'inefficience du marché immobilier il devient de plus en plus difficile d'acquérir des objets à des prix raisonnables

 

PdM: Comment voyez-vous la politique de la BNS et l'évolution du loyer de l'argent?

 

E.N.: Je ne pense pas que les taux vont remonter rapidement. Les déclarations faites à ce sujet par la BNS étaient antérieures à la crise de l'euro. Les acheteurs travaillent en outre aujourd'hui le plus souvent avec des taux fixes et peuvent donc bloquer sur la durée les conditions hypothécaires.

 

PdM: Par rapport à d'autres grandes villes étrangères ou des places comme Monaco certains disent que le marché suisse et l'immobilier genevois en particulier, sont toujours avantageux. Qu'en pensez-vous?

 

E.N.: A mon avis, le prix de l'immobilier à Genève, en comparaison d'autres grandes villes, est tout à fait correct. Par rapport à Monaco notamment où l'immobilier est quatre fois plus coûteux qu'à Genève pour des objets comparables, nos prix ne sont pas trop chers. Certes, à Monaco ce ratio inclut une prime à la fiscalité, mais néanmoins c'est fort onéreux. Il faut admettre que nous avons eu en Suisse et à Genève une croissance relativement importante ces dix dernières années. Dès lors, à court et à moyen termes, on doit raisonnablement s'attendre à des perspectives de croissance forcément plus modérées. Je ne pense toutefois pas que l'on soit exposé au risque d'éclatement d'une soudaine bulle immobilière car on ne se trouve pas non plus devant un phénomène massif de décroissance. A partir de là je penche plutôt vers une vision de stabilité du marché avec, pour les investisseurs, un niveau de rendement raisonnable sur la durée. Il n'y a donc pas péril en la demeure comme certains le pensent.


Numéro 40 - Printemps 2010

Jacques Mechelany
Directeur Général
Julien Froidevaux
Directeur
Responsable des intermédiaires financiers
Bank Of China (Suisse) SA

Propos recueillis par Maurice Baudet

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Confucius dans la cité de Calvin

Selon une classification récente par capitalisation boursière, la Bank of China est la troisième banque au monde, précédée par l'Industrial and Commercial Bank of China et la China Construction Bank. Elle sert plus de 200 millions de clients, emploie quelque 240'000 personnes. Installée depuis un peu plus d'un an à Genève, sa démarche originale et la formidable dynamique de l'économie chinoise constituent des atouts indéniables pour se faire une place à part dans le cercle du private banking genevois. Point de Mire a rencontré MM. Jacques Mechelany, CEO, et Julien Froidevaux, Directeur et responsable des intermédiaires financiers.

Entretien

Point de Mire: La Bank of China s'est installée à Genève en pleine crise financière, n'est-ce pas un peu paradoxal?

Jacques Mechelany: La décision de Bank of China de s'établir dans un nouveau pays et dans un nouveau métier est le fruit d'une réflexion stratégique de plusieurs années. Nous parlerons donc plutôt d'une ironie du sort qui a fait que notre implantation se déroule à ce moment-là, en rappelant que la crise est essentiellement d'origine américaine, et non chinoise. La vraie question est: pourquoi la Bank of China s'installe-t-elle dans le monde du private banking suisse, et spécifiquement à Genève?

Les fortunes chinoises bouleverseront-elles le private banking?

Bank of China est un des groupes bancaires les plus généralistes, avec quelque 200 millions de clients, privés et entreprises. Le marché chinois est le seul qui connaisse actuellement, et à l'échelle d'un cinquième de la population mondiale, un phénomène d'accroissement des richesses. Le PNB par habitant est passé de $ 1'000 à  4'000 entre 2000 et 2010. Le phénomène va s'accélérant et nous estimons qu'il devrait passer à $ 10-12'000 d'ici à 2020. Un tel accroissement du niveau de vie d'un cinquième de l'humanité est un phénomène unique dans l'histoire. Notre banque est au cœur de ce développement, d'où la décision de devenir un acteur majeur dans deux métiers qui n'étaient pas ses métiers de base, le private banking et la gestion d'actifs institutionnels. Aujourd'hui, la division private banking et personal banking compte en Chine plus de 500'000 clients, et elle ouvre annuellement 10 à 20 nouvelles entités dédiées. Sa filiale BOCIM (Bank of China Investment Management), une joint-venture fund avec BlackRock, est également devenue le premier gérant institutionnel du pays. BOCIP, créée avec le groupe anglais Prudential, est le deuxième gérant de fonds de pension de Hong Kong. On estime qu'en 2020 la Chine comptera plus de huit millions de «high net worth individuals», alors qu'on en recensait 8,6 millions dans le monde en 2008: nous allons vers un doublement du marché. C'est la raison pour laquelle le groupe Bank of China a ouvert des entités de private banking à Hong Kong, Macao, Singapour et que nous avons ouvert à Genève le 8 décembre 2008. L'ironie du sort a voulu que ce soit entre la faillite Lehman et le point bas des marchés, mais c'est parfois dans de telles crises que les plus belles opportunités se font jour.

PdM: Vous avez recruté, dans les meilleurs établissements de la place, une équipe de spécialistes reconnus du private banking. Cela démontre une stratégie tournée vers l'excellence.

J. M.: Il ne s'agit en effet pas pour la Bank of China de gagner quelques millions de plus dans un marché saturé. Notre stratégie s'inscrit dans une logique d'acquisition d'expertise. Notre objectif est de bâtir la plateforme suisse de la banque, un centre de gestion institutionnelle suisse et européen. Cela ne peut se faire qu'en capitalisant sur des talents et sur le savoir-faire de la place financière helvétique. Nous voulons apporter ce savoir-faire au groupe Bank of China et à ses clients.

L'inévitable basculement vers la Chine

PdM: Pour ces professionnels recrutés dans des établissements prestigieux aux «corporate identities» très marquées, n'y a-t-il pas eu un choc culturel?

J. M.: Oui et non. La Bank of China aurait eu la possibilité d'investir massivement afin d'acquérir une banque ou des équipes. Nous n'avons pas choisi cette voie, car nous aurions acquis en même temps leur culture d'entreprise. Or, ce que nous voulions, c'est développer une culture de «private banking Bank of China», une culture à la fois suisse et chinoise. Nous sommes à une période charnière de notre métier: il suffit de voir quotidiennement les titres de la presse suisse, et de constater la perte de confiance des clients dans certains types de produits. Nous sommes également à un tournant dans la logique d'investissement global. Malgré la création encore récente de notre maison, nous avons mis sur pied une offre bien étoffée de produits d'investissement essentiellement axés sur l'Asie et la Chine. Nous bénéficions d'un système entièrement chinois et gérons des actifs en renminbi. Nous avons un accès au marché et à la devise, ainsi qu'une expérience approfondie tant sur le marché des actions que des obligations. Nous avons ainsi mis en place un processus de gestion et un private banking différents.

Nous offrons à nos clients la solidité de notre groupe, et en ces temps troublés, un bilan solide et   un savoir-faire sur la deuxième économie du monde qui est en terme de marché de loin la plus prometteuse. L'économie chinoise est la seule qui connaisse une croissance des bénéfices et une certaine inflation, alors que le monde occidental est plutôt en déflation. Nous sommes à un tournant. Les années 2000 ont marqué la fin de la suprématie américaine, et le monde entier est en train de faire sa transition: la Chine devient le premier acteur en terme de flux financiers et d'investissements, et nous assistons à un rééquilibrage des portefeuilles en sa faveur.

PdM: Quelle pondération d'actifs chinois préconiseriez-vous aujourd'hui dans un portefeuille?

J. M.: A ce jour, le marché chinois fait encore partie de l'indice MSCI Emerging Markets. La deuxième économie mondiale représente dans les indices MSCI un poids négligeable. Or nous sommes en face d'un pays de 1,3 milliard d'habitants dont l'économie croît selon les chiffres officiels au rythme de 10% l'an. Ces statistiques accusent un certains retard sur l'évolution réelle : si l'on considère l'évolution des recettes fiscales ou de la consommation, l'on est plus proche de 20%. C'est un phénomène comparable à la croissance des Etats-Unis entre 1890 et 1920. L'investisseur en actions se retrou-ve face à des valeurs qui se traitent à un P/E moyen à Hong Kong de 12 fois, alors que la croissance moyenne estimée des bénéfices pour l'an prochain  est de 57%. Les investisseurs sont conscients du phénomène mais n'ont pas encore restructuré leurs portefeuilles en conséquence. Nous recommandons aujourd'hui 5% d'actions chinoises dans un portefeuille équilibré, et 25% dans un portefeuille actions.

On se bat aujourd'hui à propos du taux de capitalisation du 2e pilier. Le débat n'aurait pas lieu si les portefeuilles des caisses de pension n'avaient pas eu de si faibles performances, du fait sans doute de leur manque de stratégie d'investissement à long terme. Dans une perspective à 20 ans, les titres de référence d'un portefeuille sont chinois, comme China Mobile, China Telecom, China Life. De telles sociétés vont devenir plus puissantes que n'importe laquelle de leurs concurrentes américaines, ne serait-ce que par la taille du marché domestique. Prenons l'exemple de China Life: la société détient 48% du marché chinois des assurances, dans un pays où le taux de pénétration du secteur est de 4% contre 14% en Turquie, 25% au Brésil, ou 99% en Suisse.

La plupart des investisseurs ou des analystes sous-estiment encore l'ampleur du phénomène. La Chine a pour elle la force du nombre, mais aussi l'efficacité de son système politique. Ce dernier est très critiqué en occident, mais il ressemble terriblement à la conduite des entreprises dans le système occidental.

Le géant veut être à taille humaine

PdM: N'est-il pas étonnant de voir un groupe de la taille de Bank of China avoir dans notre pays quasiment une approche de banquier privé?

J. M.: Dans des périodes difficiles comme celle que nous traversons, il faut revenir à l'essentiel. Pourquoi Genève est elle devenue un centre mondial du private banking, et quelle est l'essence de notre métier? Le private banking est la gestion de l'épargne individuelle. Nous avons vu quelle croissance exponentielle l'épargne, aussi bien privée qu'institutionnelle, connaît en Chine. La demande de gestion de cette épargne connaîtra une évolution parallèle. Ce n'est pas en raison du secret bancaire que la Suisse a conquis sa place dans ce marché, mais elle le doit, depuis 1750 environ, à sa stabilité. Aussi longtemps qu'elle résistera à l'envie de devenir une petite province de l'Europe, et restera un îlot de stabilité dans un monde en mouvance, elle aura un rôle à jouer comme conservateur des actifs. Il lui reste sans doute à retrouver le sens de la qualité du service au client.

Julien Froidevaux: Nous offrons l'avantage de venir dans ce métier avec un œil neuf, de ne pas avoir à gérer le poids d'un historique séculaire, même si notre maison mère a près d'un siècle. En venant vers la banque suisse du groupe Bank of China, la clientèle tire profit d'une réelle alternative.

Réévaluation du renminbi: une décision politique

PdM: Quid de la réévaluation du renminbi?

 

J. M.: Oublions les fluctuations à court terme et revenons aux fondamentaux. La Chine représente un cinquième de la population mondiale. Le ratio du coût de sa main-d'œuvre est de un à dix, voire plus. Elle génère depuis 20 ans des surplus commerciaux et financiers et possède des réserves de 2,3 trillions de dollars, soit 50% de son produit intérieur brut en réserves de change. Elle génère entre 300 et 800 milliards de dollars de surplus financiers annuels. Sa croissance est de 12% par an contre à peine 1% pour le monde occidental. Il est donc impossible d'éviter les pressions à la réévaluation du renminbi. La décision n'appartient pas au marché, mais au gouvernement chinois. Ce dernier autorisera la réévaluation dans la mesure où il aura l'assurance que la croissance reposera de manière prépondérante sur le marché intérieur, et que cette réévaluation permettra de juguler l'inflation en Chine. Cette dernière est un facteur de diminution du pouvoir d'achat, donc d'appauvrissement de la population, ce que les autorités ne permettront pas. Le seul moyen de l'éviter est l'appréciation de la devise. Or nous prévoyons un regain de tensions inflationnistes aux 2e et 3e trimestres. La réévaluation devrait donc intervenir dans un avenir proche. Nous recommandons donc à nos clients d'augmenter leur exposition en renminbi, en dollar de Hong Kong et en actions chinoises cotées à Hong Kong. La combinaison de croissance et d'inflation avec des P/E entre 9 et 12 nous amène à des objectifs de hausse sur les 12 prochains mois de 50% et plus. De plus, nous sommes en occident en face d'une crise de crédit, d'une faible croissance de la masse monétaire, et d'une détérioration des bilans. Nous incitons donc nos clients à développer leur portefeuille de dette asiatique.

PdM: Cette expertise sur la dette asiatique est-elle unique sur la place?

J.F.: Elle n'est pas unique, mais nous sommes un des rares établissements à pouvoir offrir une telle possibilité de diversification sur les marchés asiatiques. Nous avons ouvert en 2009 un fonds de droit suisse qui comporte 12 compartiments et 24 classes, dont 10 libellées en renminbi. Cette approche permet par exemple d'avoir des actifs américains avec une exposition en monnaie chinoise. Notre rôle est d'augmenter l'exposition à l'Asie de nos clients, en les incitant à se détacher du classique «benchmarking» qui ne nous semble guère judicieux actuellement. Tant dans nos produits que dans notre gestion, nous avons une approche «total return». Notre message est très clair: il est actuellement risqué d'être absent du marché chinois.

J. M.: 2009 est à ce point de vue un exemple flagrant. Nous avons recommandé à nos clients d'acheter la Chine au mois de mars. A l'automne, ils ont vu le marché monter, les fonds gagner 50%, et ils n'osaient plus investir. Oui, le véritable risque reste ne pas être dans ce marché.

Une nouvelle porte ouverte aux gérants indépendants

PdM: Vous avez ouvert votre banque aux gérants indépendants. Le marché n'est-il pas déjà un peu encombré?

J.F.: Nous pensons être une alternative crédible sur le marché. Nous voulons progressivement faire partie de la palette de dépositaires offerts par les gérants indépendants. On retrouve la personnalité très marquée de notre banque dans le service que nous leur offrons, soit naturellement cet accès unique au marché chinois, ainsi que les avantages d'une structure légère, réellement axée sur le service aux clients. Après avoir suscité la curiosité, nous faisons l'objet d'un intérêt soutenu de la part des gérants indépendants, qui le répercutent sur leurs clients. Nous sommes en cela portés par le retour à la qualité des actifs, après les excès de la recherche de profit à court terme.

 

J. M.: Nous apportons aussi aux gérants indépendants une valeur ajoutée en terme de réflexion macro-économique sur la Chine, et la crédibilité d'une analyse des sociétés qui repose sur le corporate banking de notre groupe. D'ailleurs, dans nos contacts avec les grands institutionnels, nous nous retrouvons face à des Goldmann Sachs ou Templeton, mais nous sommes les seuls acteurs chinois.

 

 


 

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Pourquoi préférer un produit structuré à un fonds ? Les produits structurés sont devenus ces dernières années des instruments incontournables du paysage financier helvétique. Tant et si bien que certains disent qu’ils seraient appelés à remplacer nos chers fonds de placements traditionnels. La remarque vaut le détour et nous allons tenter ici de tracer des parallèles, là de montrer les différences entre ces deux types de placements importants.> lire

La communication de crise

La crise : ce mot est aujourd’hui sur toutes les lèvres. La crise est partout, on ne parle plus que d’elle. Non seulement les grands fleurons de la banque et de la finance sont affectés par le profond malaise qui ébranle nos économies, mais depuis quelques temps également les leaders de l’industrie automobile se voient contraints de rappeler des millions de véhicules en raison de vices cachés. En Suisse en outre, et au plus haut niveau, nos autorités politiques assaillies par des critiques qui fusent de partout, semblent complètement paralysées. Et alors qu’il faudrait rassurer l’opinion publique, s’exprimer de manière claire et précise pour dissiper les craintes, nos édiles, tout comme bien des dirigeants d’entreprises, pratiquent le plus souvent la langue de bois ou créent plus de confusion encore en tentant d’expliquer l’inexplicable. Une situation de crise pourtant, pour ceux qui savent l’appréhender, offre de formidables opportunités. Pour les saisir il importe surtout de savoir bien communiquer. Experte en la matière Sylvie LEGER s’exprime ici sur ce sujet. > lire
 

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