Point de Mire

L’art de l’équilibre

Maurice Baudet

article publié le 4 avril 2017

Au lendemain du 12 février 2017, une partie de la classe politique s’est réveillée avec une fameuse gueule de bois. Le refus de la RIE III avait été net, et même cinglant. Certaines réactions laissent toutefois pantois tant elles manquent de retenue et de profondeur : le résultat du vote traduirait une profonde méfiance, voire une rupture, à l’instar du Brexit ou de l’élection de Donald Trump. Il serait une sanction, un refus de la globalisation, une motion de défiance envers le monde économique, les « élites bourgeoises » et nos autorités.

Si de tels sentiments de malaise n’ont pas été totalement absents dans le scrutin, ils ne sauraient en expliquer les résultats. En témoignent en particulier le score serré dans le canton de Genève, et le oui des Vaudois. Dans ces deux cas, les gouvernements cantonaux s’étaient engagés en faveur d’un rééquilibrage du texte fédéral : c’est donc bien dans le déséquilibre de ce dernier qu’il faut chercher les causes de son échec devant les électeurs.

Parmi les pierres d’achoppement, la déductibilité d’intérêts notionnels est l’une des mesures qui avait soulevé les plus forts doutes, ce au sein même des milieux économiques : au déséquilibre, cette clause ajoutait le manque de clarté. Il s’agit-là de deux défauts fort mal supportés par les citoyens, et l’échec de la RIE III n’est guère qu’un ajout à la liste des paquets mal ficelés que le souverain a retournés au Conseil fédéral.

D’aucuns s’agacent de l’art du compromis cultivé avec tant d’opiniâtreté dans notre pays. Arrondir les angles et mettre de l’huile dans les rouages conduiraient à une politique insipide. C’est pourtant là un des secrets du bon fonctionnement de notre démocratie. Nos édiles ne semblent pas l’avoir oublié, et se sont remis au travail sur la RIE IV. Il reste à espérer qu’ils retrouvent l’art de l’équilibre.

Baudet_Maurice_portrait

Maurice Baudet a consacré le plus clair de sa carrière à la gestion indépendante, successivement au sein du groupe Bearbull et de Coges Corraterie Gestion. Président de l’Association Suisse des Gérants de Fortune (ASG) de 1993 à 1997, il en a également été le directeur général entre 2002 et 2007. Pendant ces six années il a assumé aussi la fonction de rédacteur responsable de «Denaris», la revue de l’ASG. Maurice Baudet reste aujourd’hui actif dans sa profession comme conseiller indépendant. Il est en outre étroitement associé à Point de Mire en tant que membre de son Comité de rédaction