Point de Mire

Le fintech suisse à l’aube d’une ère nouvelle?

Fintech – tous les acteurs de la finance intègrent désormais ce néologisme dans leurs stratégies. Pour les banques, il symbolise la perspective de mieux servir le client, pour les gérants de fortune indépendants la promesse de conseils optimisés et, pour le client, la vision d’avoir ses finances à portée de main. Les décideurs en Suisse cherchent le contact avec les inventeurs, les créatifs, afin de bénéficier de leurs solutions, ceci dans la perspective de mieux résister aux pressions qui s’exercent sur la place financière helvétique.

«Les banques sont dans une phase active de recherche de l’innovation (…) d’où la collaboration avec les fintech» affirmait Ben Robinson, Chief Strategy and Marketing Officer de Temenos, lors de la présentation à Genève, le 24 novembre dernier, de la huitième étude sur les préoccupations des banques du monde. Pousser les technologies de l’information et de la communication (TIC) est devenu leur première priorité. En 2014 encore, leur souci principal était d’adapter les canaux de distribution à ces mêmes technologies.

Fintech, risque ou gain?

Le World Economic Forum (WEF) explicite cette frénésie dans «The Future of Financial Services». Le fintech sera en effet constitué de plateformes intégrées et modulables, de logiciels plus intelligents et d’une multitude d’applications pour personnaliser et accélérer les opérations.

Sous le sous-titre «Les fintech cannibalisent la banque», la consultance Octo avertit dans son livre blanc sur la «banque digitale» que les technologies associées au fintech permettront de réduire massivement les coûts tout en augmentant l’efficacité.

D’après cette même étude, ces changements produiront des perdants sans doute… comme toute évolution technologique. Pourtant, ce même développement pourra revigorer les acteurs qui savent se remettre en question et s’adapter les premiers au nouvel enjeu. En effet, le fintech changera les attentes des clients… et des talents au sein des prestataires. Fournir l’expérience que les deux attendent déterminera le succès sur le marché.

Depuis un certain temps, notre place financière subit des pressions en deçà de la pure compétition internationale. Des interférences politiques et des réglementations de plus en plus complexes en sont à l’origine.

Début encouragé de l’ère fintech en Suisse

Dans ce contexte, les principaux acteurs financiers en Suisse ont commencé à se rapprocher des start-up fintech dans une visée de les guider vers les besoins directs des institutions établies.

Fusion est le premier incubateur en Suisse conçu pour le fintech. Polytech Ventures basée à l’EPFL a pris l’initiative et elle a été rejointe par d’autres acteurs.

SIX a choisi les synergies possibles entre les talents en son sein et extérieurs. L’interaction entre le personnel et des start-up promettra de nouvelles idées. Un programme d’incubation/accélération est actuellement en gestation.

L’UBS enfin entend mobiliser les talents à l’échelle planétaire. Innovate, un concours international organisé par la grande banque helvétique, a rassemblé sur quatre centres financiers des start-up candidates.

La motivation des responsables de ces institutions sont proches et soulignent leur volonté de rester des leaders sur leurs marchés grâce aux nouvelles technologies.

La Suisse – future place financière fintech?

Quelle approche est la «bonne»? L’avenir le dira. Chacune d’elles aura des répercussions positives sur les acteurs qui l’ont osé. Certaines des start-up s’établiront sans doute et renforceront ainsi l’économie suisse dans son ensemble.

Reste de convaincre les législateurs et régulateurs de l’importance d’un secteur financier proactif. Les acteurs traditionnels, en train de se transformer, entendront continuer à servir leurs clients nationaux et internationaux dans un monde où le fintech sera quotidien. Les nouveaux agents seront à leur tour des prestataires à vocation financière qui répondront aux besoins de clients qui exigent des transactions, des financements et la gestion de portefeuilles. Il sera souhaitable que les financiers revigorés et nouveaux venus le fassent depuis le «Geneva Fintech Hub» qui aura succédé peut-être dans un avenir pas forcément très lointain à la Genève place financière.

Jusqu’où ira-t-on?

Pour tenter de répondre à cette interrogation et pour en savoir plus sur ce bouleversement technologique qui se met en place, nous avons donné la parole dans notre dossier central consacré au fintech et aux solutions financières nouvelles à quelques-uns des acteurs de ce secteur dont les perspectives de croissance pourraient bouleverser les premiers pronostics.

Chacun pourra ainsi se forger sa propre opinion.

Dr Daniel Stanislaus MARTEL, Rédacteur associé, Point de Mire