Point de Mire

Une première pour l’AZEK, le centre de formation de la Swiss Financial Analysts Association
Entretien exclusif avec Jean-Sylvain Perrig
Président de la SFAA

Une offre de formation directement proposée aux instituts financiers

Comme souligné, voilà juste un an, dans le dossier « formation professionnelle » de l’édition automnale de Point de Mire (cf PdM numéro 62 – p. 10 & 11- Automne 2015) le Conseil fédéral, lors de sa séance du 24 juin 2015, en liaison avec le projet de loi sur les services financiers (LSFin), avait arrêté plusieurs décisions d’importance dans le domaine de la gestion de patrimoine. En particulier, il s’était prononcé sur les règles qu’il conviendra à l’avenir de suivre en matière de formation et de perfectionnement professionnel.

De fait, à partir du 1er janvier 2018, avec la mise en place de l’échange automatique de renseignements (EAR), des exigences accrues en matière de formation vont être demandées à l’ensemble des acteurs de notre place financière et ce, indépendamment du fait que la LSFin soit ou non ratifiée d’ici-là. En outre, et c’est la nouvelle contrainte majeure, pour se mettre en conformité avec les exigences européennes résultant de l’accord MiFID 2, le régulateur helvétique a convenu que désormais ce sera la responsabilité des prestataires de services financiers de faire en sorte et de s’assurer que les personnes en contact avec la clientèle disposent bien de la formation requise.

Jean-Claude Dufournet, CEO de l’AZEK et de la SFAA, nous avait donné, à chaud l’an dernier, ses vues sur ces décisions et les exigences accrues en matière de formation financière qui en découlaient. Depuis lors, l’AZEK a complété son offre de formation pour répondre aux nouveaux besoins découlant de la LSFin avec une offre qui permet désormais également aux instituts financiers de former leur personnel selon leurs besoins spécifiques.

Désireux d’en savoir plus, c’est Jean-Sylvain Perrig lequel, depuis le mois de juin de cette année préside la SFAA, qui a eu l’obligeance de répondre à nos questions.

Entretien, Une interview exclusive pour Point de Mire, réalisée par Jean-Pierre Michellod, Directeur de la publication

Point de Mire : Pour la première fois de son histoire, l’AZEK, le centre de formation de la Swiss Financial Analysts Association (SFAA), offre un service de formation directement aux instituts financiers. Comment expliquez-vous ce changement de votre offre ?

Jean-Sylvain Perrig : Avec la nouvelle loi sur les services financiers, ce sont les instituts financiers qui devront garantir une formation minimale pour chacun de leurs employés actifs dans la gestion de patrimoine. Notre centre de formation devait donc à la fois continuer à offrir ses qualifications à des personnes mais aussi proposer une offre destinée aux entreprises.

PdM : Comment cette nouvelle offre s’intègre-t-elle avec les autres formations de l’AZEK ?

J.-S. P. : Nous avons développé une nouvelle qualification professionnelle dénommée « Conseiller en gestion de patrimoine avec certificat AZEK ». L’examen de cette qualification est composé exclusivement de questions à choix multiples et peut être calibré en fonction des besoins des établissements financiers, leur offrant ainsi la flexibilité dont ils ont besoin. Cependant, afin de ne pas multiplier les épreuves, le certificat AZEK est une partie intégrante de l’examen du brevet fédéral de « Conseiller en gestion de patrimoine ». Cela signifie que pour les candidats ayant réussi le certificat AZEK, ils n’auront à passer qu’un examen de trois heures composé de cas pratiques pour obtenir le brevet fédéral basé sur la même documentation de cours que le certificat AZEK. Comme le schéma ci-contre l’indique, les détenteurs du certificat AZEK ou du brevet fédéral / Certified Wealth Manager (CWM®) peuvent approfondir leurs connaissances avec le diplôme fédéral d’expert en gestion de patrimoine / Certified International Wealth Manager (CIWM®).

En plus des qualifications que nous délivrons, notre commission d’examen a l’intention de reconnaître les qualifications « LSFin » d’autres établissements ou prestataires de services pour permettre à leurs détenteurs de s’inscrire directement à la formation et à l’examen final du CIWM®.

PdM : Vous parlez de CWM® et de CIWM® qui sont vos diplômes internationaux dans le domaine de la gestion de patrimoines. Quelle est l’articulation entre les brevets ou diplômes fédéraux suisses et les qualifications internationales ?

J.-S. P. : Les acronymes CWM® et CIWM® sont des marques qui appartiennent à l’AZEK. Nous en avons délégué l’exploitation à l’Association of International Wealth Management (AIWM) qui est gérée en commun avec nos partenaires internationaux en Europe, en Asie et en Amérique avec notre partenaire Moodys’. En d’autres mots, le CWM® et le CIWM® ne sont pas offerts et reconnus seulement en Suisse mais également dans de nombreuses autres juridictions.

Les brevets et diplômes fédéraux suisses font également l’objet de reconnaissance par plusieurs pays européens en fonction des accords signés par le Secrétariat d’Etat à la Formation, la Recherche et l’Innovation (SEFRI). Ce système de reconnaissance bilatéral est en train de se généraliser à toute l’Europe à travers « Le cadre européen des certifications » auquel le SEFRI participe. Nos brevets et diplômes y seront intégrés au plus tard en 2017.

PdM : Votre centre de formation n’a jamais offert de cours à distance. Pourquoi cette nouvelle offre ?

J.-S. P. : Depuis 15 ans, des étudiants dans plus de 20 pays ainsi que tous les étudiants de l’AZEK utilisent notre plateforme e-learning qui comprend nos manuels de cours en format électronique, des questions à choix multiples, des anciennes questions d’examens et un simulateur d’examens. Grâce aux navigateurs internet, elle est accessible sur les principaux terminaux électroniques comme des PC, des tablettes ou des smartphones. Certains établissements l’utilisent déjà sous licence pour leurs employés. En Suisse, lier l’utilisation de notre plateforme e-learning de manière contraignante à notre offre de cours présentiels est un choix stratégique qui ne se justifie plus.

PdM : En plus des parties relatives aux instruments financiers et à la gestion de patrimoine à proprement parler, votre programme comporte une partie juridique et une partie fiscale qui est sous la responsabilité de vos partenaires BRP Bizzozero &Partners et BRP Tax. Quel est le rôle exact de ces deux sociétés ?

J.-S. P. : BRP Bizzozero & Partners est la référence dans le domaine de la règlementation, des règles cross-border et de la conformité dans la gestion de patrimoine. Avec BRP, nous avons fondé il y a deux ans BRP Tax, une société dédiée notamment à la taxation des instruments financiers en fonction de la résidence des clients. En vue de l’adoption de la nouvelle loi qui impose des exigences en matière de compétences de base et de formation continue, les experts de BRP et de BRP Tax ont développé des manuels de cours et des questions à choix multiples qui répondent à ces besoins.

PdM : En quoi consiste précisément le programme de formation sur la règlementation ?

J.-S. P. : Il est composé de dix chapitres qui recouvrent les principaux enjeux de la relation juridique entre le client et son gestionnaire. On y traite du démarchage d’un client résident en Suisse ou à l’étranger, du processus d’acceptation d’un client, de l’identification des besoins d’investissement du client, de l’ouverture d’une relation d’affaires, des différents mandats entre client et institut financier, de l’utilisation des produits financiers en fonction du client et de sa résidence, des règles applicables lors de litiges entre client et banque. D’autres éléments plus généraux comme les règles de conduite sur les marchés, les normes visant à protéger l’investisseur, la protection des données ou les transactions avec d’autres intermédiaires financiers sont également traités. Tous ces aspects sont abordés sous un angle très concret afin d’être réellement utilisables par les praticiens dans leur environnement quotidien. Avec les questions à choix multiples sur la règlementation, un collaborateur peut s’assurer qu’il est en mesure de respecter le cadre juridique dans sa relation avec son client.

PdM : Et le programme sur la fiscalité des instruments financiers. Qu’a-t-il d’original ?

J.-S. P. : La formation de BRP Tax examine pour chaque instrument financier la nature des transactions à considérer, le type des revenus à imposer et l’assiette de l’impôt (le revenu qui doit servir de base au calcul fiscal). Par exemple pour un change à terme, ce n’est pas seulement le taux d’imposition qui importe, mais la méthode pour calculer les gains ou pertes pour chaque opération clôturée. Cette méthode s’inscrit dans une théorie générale qui se décline pour tous les pays et tous les produits. Les spécificités propres à chaque pays font l’objet d’un Campus par pays dans le cadre de notre offre de formation continue. Cette approche permet aux participants d’acquérir les compétences pratiques nécessaires pour faire une allocation de portefeuille fiscalement adéquate.

PdM : De nombreuses institutions ou centres de formation proposent d’autres programmes de formation pour la qualification LSFin. A votre sens, qu’est-ce qui vous différencie des autres programmes ?

J.-S. P. : Tous nos manuels de cours ont été écrits spécifiquement pour répondre aux exigences prévisibles de la LSFin. Nous n’avons pas réutilisé ou reconditionné d’anciens manuels. L’intégration verticale de notre certificat AZEK avec les qualifications professionnelles de niveau plus élevé, de même que leur utilisation et leur reconnaissance au plan suisse et international, sont uniques dans notre pays. Grâce à nos partenaires de BRP et de BRP Tax, nous avons un programme qui intègre en permanence les derniers développements en matière de règlementation et de fiscalité des instruments financiers. En plus de cette formation de base, nous avons développé depuis plusieurs années sous le label d’AZEK Campus une offre de formation continue destinée aux membres de la SFAA, que nous allons ouvrir aux établissements financiers. A ma connaissance, nous sommes actuellement les seuls à offrir à la fois la formation de base et un produit de formation continue.

PdM : Pouvez-vous nous en dire davantage sur cette offre de formation continue ?

J.-S. P. : Afin de maintenir à jour les compétences des collaborateurs dans un environnement évolutif, il est probable que la LSFin fasse obligation aux établissements financiers de leur garantir l’accès à de la formation continue. Notre offre comprend une vingtaine de séminaires d’une demi-journée ou d’une journée portant sur l’approfondissement de la règlementation, les règles cross-border, la fiscalité par pays pour une douzaine de pays ainsi que sur certains produits dérivés ou structurés. D’autres thèmes sont également couverts, notamment en finance et en fintech. Jusqu’à cette année, seuls les membres de la SFAA pouvaient y participer. Dès l’an prochain, les établissements financiers avec lesquels nous avons un accord pourront y envoyer l’ensemble des collaborateurs concernés en fonction de leurs besoins.

Point de Mire : Nous vous remercions d’avoir eu l’obligeance de répondre à nos questions.

 

 Jean-Sylvain Perrig est président de la SFAA depuis 2016, association qu’il a rejointe en 2004.

  • Jusqu’à fin mai 2016, il a exercé la fonction de Chief Investment Officer pour la banque privée genevoise UBP; il était auparavant CIO de la banque Edmond de Rothschild (Suisse) SA.
  • Après avoir débuté sa carrière à l’UBS, à Genève et à Londres, Jean-Sylvain a occupé ensuite plusieurs postes de haut niveau comme celui de responsable de la gestion discrétionnaire et de l’activité de conseil chez Cogeba Gonet (devenu par la suite Fortis), ainsi qu’auprès de l’UBP.
  • Détenteur d’un master en économie de l’Université de Lausanne, Jean-Sylvain Perrig est également porteur du diplôme d’analyste financier et gestionnaire de fortunes de l’AZEK.